vendredi, 27 août 2010
Conte matérialiste
Chevalier Désaffublé, cette Dame Oiseuse qui t'ouvre le Jardin du Plaisir, qui est-elle?
Il s’y trouve si bien qu’il prolonge son séjour. Le Jardin de Déduit, dans l’ancienne langue, on dirait joliment qu’il y est à séjour (à demeure) ou en séjour (oisif). Un poète dit aussi que les baisers languissants ou joyeux, chauds comme les soleils, frais comme les pastèques, font l'ornement des nuits et des jours otieux.
Pour une raison qu'on ignore il appelait Dame Oiseuse par son prénom mais dans ses stances futures n’en écrirait que la première lettre: J.
Dame Oiseuse par un miracle commua le temps d’une nuit son jardin en une nappe fleurie, d’où elle lui cousut un costume. Elle ôta les gants qui du hâle préservaient ses mains blanches. Aussi n'avait-elle jamais tant travaillé, si bien que les rubans de soie se délacèrent de ses manches, et se dénouèrent ses tresses sombres. Impatience lui fit maintes fois perler le sang au bout du doigt: le drap léger en rougissait, cependant que les fils d’amour croisaient leurs ardeurs au long d’un corps imaginaire. Elle présenta l’ouvrage à sa mère, qu’elle consultait en toute circonstance, et sur ses avis ajouta trois boutons d’or. Le Chevalier s’en trouva éternellement heureux: il ne laissait pas d’admirer les fleurs et les fruits qui croissaient et mouraient sur lui au gré des saisons, tellement qu’il resta paré de son costume jusqu’à la tombe, où les vers naturellement parachevèrent l’ouvrage.
Certains racontent qu'il avait quitté le jardin et J sitôt qu’habillé et n’avait jamais reparu: le premier resta nu bien longtemps, de terre noire et complainte muette; la seconde se fit une raison et accueillait maintenant les chevaliers errants dans la Chambre aux Mirabelles, où chacun louait sa quiétude catastématique.
Lien permanent | Tags : yves-noël genod, jeanne balibar, conte, chevalier |
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