jeudi, 26 janvier 2012
Sans titre
Avant l’horreur matinale, je veux dire les paroles d’horreur proférées porte fermée à neuf heures du matin, il y eut une nuit courte, une soirée d’abord allongée de fatigue, d’air froid et humide par la fenêtre entrouverte de la cuisine, des pavés de saumon bizarrement cuits au four à micro-ondes, une crème brûlée industrielle prétendument fermière et qu’on réchauffa une minute trente au four en mode grill en respectant scrupuleusement les indications sur l’emballage. L’Étoile lut deux textes qu’elle avait écrits dans un atelier d’écriture, c’était son écriture sur les feuilles blanches, je croyais des photocopies mais elle me dit que non, que son feutre était simplement usé: c’était l’autoportrait d’une fermière qui lisait des biographies de personnages historiques, elle se regardait dans un miroir et décrivait ses joues rebondies – je me demandais s’il était vraisemblable que la fermière qualifiât ainsi ses joues, s’il était vraisemblable qu’elle l’écrivît, mais L’Étoile répliqua qu’elle n’écrivait pas, cette fermière, que c’était sa voix intérieure – ce que je ne comprends pas car pour moi, dans un conte, tout je, hors les dialogues, est écrit par qui dit je. Dans l’autre texte, il y avait je ne sais quelle expression, les derniers mots qui pulvérisaient la possible réalité de l’histoire car ils n’étaient à personne ces mots, ou à L’Étoile qui avait cherché ses mots, des mots, et ne les trouvant pas, avait choisi l’usage, celui des autres et le sien par contamination. Puis je lus un de mes textes, intitulé "La Frise de la vie" en référence à Munch, mais la lecture fut heurtée, malhabile, impossible sans doute dans la cuisine, dans la soirée allongée de fatigue, avec ces bouts de Montaigne en italique au milieu de citations des journaux. L’Étoile me dit pour finir qu’elle me reconnaîtrait de dos entre mille, qu’elle reconnaîtrait ma démarche, aussi assurée que maladroite.
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jeudi, 26 août 2010
Poème de la TS
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mardi, 10 août 2010
... de l'eau coule, passe sous les ponts, ...
On mangeait des légumes fondants sur la terrasse, l’Etoile était embarrassée à cause des plateaux, les assiettes posées sur des plateaux en plastique, feuillages de plastique, brillance de plastique, couleurs acidulées, les plateaux gênant le mouvement des bras peut-être, ou c’est le souvenir des plateaux repas, nourriture conditionnée, l’âme empaquetée, on voudrait vous guérir.
Son amant dormait puisqu’il ne répondait pas au téléphone, ni le mobile ni le fixe, il dormait, elle imaginait, sur un canapé, ne répondait pas même aux appels de détresse d’une amie, sa meilleure amie, elle s’était brûlé les mains à la soude, tentait de contenir une montée soudaine des eaux, débordements incontrôlables, elle pleurait et je glissais la liste des numéros, police, pompiers, plombiers, serruriers à la lueur d’une chandelle, la nuit tombait, la cire violette coulait en stalactites périlleuses, comme un jour Yves-Noël versa de la cire brûlante dans mon dos.
Avec Yves-Noël, plus tard, on se rejoignait à Jaurès, j’avais remonté le canal de l’Ourcq avec l’Etoile, elle partait en vacances, me laissait aux abords d’un café, Yves-Noël arrivait, j’étais content de le reconnaître, ce n’est pas qu’une formule, je le reconnaissais vraiment, j’ai retrouvé il y a quelques jours cette page de Claudel sur la connaissance/co-naissance. Nous parlions, Avignon, Régy, Bachelard, Sagan, un peu plus tard nous nous palpions, consistance des corps, cloisons poreuses, j’étais obsédé par cette idée de la valence des corps, capacité d’un corps à s’associer à d’autres corps, nombre maximal de corps auquel un corps peut s’associer, je lis des définitions scientifiques, j’avais appris ça au lycée, la valence, fascination pour les particules élémentaires, leur poids, la rotation des électrons, la vibration continue de la matière, le repos n’existe pas — permanence de l’intranquillité.
L’Etoile avait déroulé quelques subterfuges, hypothèses, parades: continuité des consciences, vie après la mort, disparition, je ne sais comment on le formule, affaiblissement, extinction du champ magnétique de la Terre, ça ne prendrait pas plus de mille ans, que deviendrait-on… — quoi? Je répondais système nerveux, neurobiologie. J’imaginais une jeune fille paumée au milieu d’un appartement envahi d’eaux sales, la bougie continuait de pleurer ses larmes violettes, je comptais les minutes qui me séparaient de mon rendez-vous.
Dans notre délire cosmique, on embrassait naïvement, lui toutes les eaux, courantes, dormantes, transparentes, salées, profondes, moi tous les minéraux, terres meubles, roches, concrétions calcaires, sables, on s’était reconnus dans tous les paysages, il me l’a avoué hier soir, et je ne le disais pas, trop étonné qu’il me le dise, lui, j’avais eu les mêmes hallucinations, paix infinie des correspondances universelles. Il l’écrit encore, aujourd’hui, dans un haïku :
Oui, de l’eau coule,
passe sous les ponts,
les ponts de Pierre
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jeudi, 22 juillet 2010
Fuseaux solaires
L'Etoile, je ne l'avais pas vue depuis combien, trois mois. On a longé le canal de l'Ourcq, le soleil cramoisi sur le crépi d'un immeuble, l'embrasement du ciel, le ciel était dramatique comme dans une peinture de Caspar David Friedrich. J'ai photographié ses jambes au pied d'une flaque d'eau comme une mare de sang, nos visages rapides de moitié de vie, puis ses mains posées sur son sac, le plateau joliment écaillé de la table ronde dans un café à Jaurès, les Américains parlant trop fort, les salades pyramidales dans des assiettes trop grandes, cigarettes roulées, quelques parapluies à l'horizon maintenant crépusculaire. Je dis, je bois un verre de Brouilly in memoriam Yves-Noël Genod, puis le long du boulevard jusqu'à La Chapelle, l'Etoile aperçue à la diagonale d'un escalator, je repartais à contre-chemin, contre-amour, souvenirs d'aubes lointaines et de longs trottoirs. En rentrant chez moi, je lis les textes de l'Etoile, et celui-ci:
On s'est levés à 10h00. Garde alternée oblige. Je finis un lourd sommeil parsemé de saillies enfantines. Yann et Koumaël dans le canapé avec moi enfarinée, agitation télévisuelle, je ne distingue pas les muscles de l'armure. Je suis un peu pas là, Yann me pousse. Ahmed n'arrive pas avec le café. Les étreintes n'eurent pas lieu, lesquelles? Fantasmes de la veille oubliés. Corps lourd et chaud dans ma nuisette bleue, ma nouvelle coupe ne me plaît pas. Chaleur, ventilateurs. Hier on s'est retrouvés tout piteux d'épuisement, quelques mots échangés à 3h00 dans la cuisine. Pierre n'a pas répondu.
Hier Papa est mort. Casino, voitures, motos, lido, femmes, courses et alcool: je le préfère comme ça, sans avoir connu de trop près le monstre de plaisir. Je ne sais pas si je l'ai aimé. Lui oui.
Marc est beau comme Ahmed et Marc est sec et musclé comme Ahmed mais c'est avec Ahmed que. Marc parle de sa maladie, toxico du sexe, il laisse la poésie pour un enfermement analytique, Marc tu dois baiser jusqu'à t'écoeurer et tu seras quitte avec l'Eglise affective.
Quelle est la dernière chose à laquelle penser maintenant?
Je dirais Noël.
Mon anniversaire est passé comme une façon de réclamer mon droit à l'affection, ce que personne ne comprend d'ailleurs et je les em...brasse.
Il n'y a plus que moi maintenant, maison ensommeillée dans la moiteur de l'après-midi d'un samedi populaire. Résonnances tubulaires du marché finissant. Eglise raide comme la mort. je devine la fraîcheur des pierres. Pierre. Il n'est peut-être pas frais lui, retour d'une backroom où je ne pourrais jamais regarder à la lueur d'une bougie les corps enlacés. Je me demande si c'est beau, je me souviens d'un film où il y avait de magnifiques scènes homo, c'est resté.
vendredi, 02 avril 2010
L'Etoile me répond par mail
"Ne pas se soucier de paraître. Être, seul est important. Et ne pas désirer, par vanité, une trop hâtive manifestation de son essence. D’où ne pas chercher à être par pure vanité de paraître; mais bien parce qu’il est seyant d’être tel.
8 août
Mon esprit ergotait tantôt, pour savoir s’il faut d’abord être, pour ensuite paraître; ou paraître d’abord, puis être ce que l’on parait? (Comme ceux qui achètent d’abord à crédit, puis, après, s’inquiètent de la somme qu’il faut pour solder leur dette; paraître avant que d’être, c’est s’endetter envers le monde extérieur.) Peut-être, disait mon esprit, l’on n’est qu’en tant que l’on paraît. D’ailleurs les deux propositions sont fausses, séparées:
c’est pour paraître que nous sommes;
c’est parce que nous sommes que nous paraissons.
Il faut joindre les deux dans une réciproque dépendance; on obtient alors l’impératif souhaité: il faut être pour paraître. Le paraître ne doit pas se distinguer de l’être; l’être s’affirme en le paraître; le paraître est la manifestation immédiate de l’être".
André Gide, Journal
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samedi, 10 octobre 2009
Sonnet séditieux
Par ne sai quelle estrange inimitié,
J'ai veu tomber mon esperance à terre,
Non de rocher, mais tendre comme verre,
Et mes désirs rompre par la moitié.
Ronsard, Les Amours
Je me réveillais au sombre décor du début de soirée, l'Etoile m'appelait, j'étais en retard au rendez-vous. Elle portait roses rouges de plastique pailleté aux oreilles, visage diversement accoutré, lèvre jumelle entrouverte voyant ma mine séditieuse. Nous mangeâmes lourde matière dans une salle vociférante, prîmes le métro, bûmes un café crémeux et surtaxé au Petit Poucet, regardant les gens ni beaux ni bien habillés, quelques filles presque nues à la douceur de l'automne. L'angoisse montant dans la nuit commencée, se languissait en peines l'Etoile moins brillante alors, et je détaillais l'exactitude de la peinture sur ses cils, morne de corps, et plus morne d'esprit.
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vendredi, 01 mai 2009
Paysage de l'oeil
Un Black me demande si je parle anglais, je réponds en anglais, il me regarde ahuri, me demande si je sais ce que ça veut dire, "my father my father", les cris d'une jeune fille assise à côté de lui dans le métro. Nous étions sur le quai de la ligne 5, gare de l'Est, il était très tard, je revenais de la Villa de l'Astrolabe. Nous avions parlé de la solitude avec l'Etoile, fumé des cigarettes roulées et mangé des chips, j'avais amené une bouteille de vin rouge, l'épicier avait cassé le bouchon, s'était excusé en disant qu'il avait oublié de retourner la bouteille, que les bouchons c'est comme les femmes ça se trempe. (Dormi avec une araignée, le paysage de l'oeil dévasté, sous l'oeil comme une île volcanique au noir de basalte, ou une orchidée mystérieuse.)
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