samedi, 17 juillet 2010

Lettre de rupture

Yves-Noël,

Le moment est sans doute mal choisi, de ton point de vue, pour t’écrire ça, mais après tout, j’ai l’impression que ton beau succès à Avignon pourra panser cette plaie plus facilement. Tu as senti l’éloignement, tu me l’as dit au cours de notre dernière nuit. Je sens l’incompréhension la plus totale. Tu ne m’auras pas partiellement, ce n'est pas possible, tu n’auras pas le Pierre, le seul qui te convienne, l’artiste. Je suis, tu le sais bien, le fonctionnaire, le père, l’écrivain, celui qui concilie tout cela. Tu n’as pas voulu que je vienne chez toi à Avignon parce que j’étais avec ma fille, tu m’as parlé de la fameuse plainte, du danger pour toi. Soit. Je ne viendrai pas à Avignon seul non plus. Ca s’explique simplement: une accumulation de ratages, de quiproquos, et maintenant plus de désir, une grande tristesse.

Sur ton blog, tu écris que tu adores les radins, qu’ils t’amusent, qu’on peut être radin d’un côté et généreux de l’autre, tu mentionnes deux radins que tu as bien connus, Duras et moi: je ne suis pas flatté de cette association, mais blessé que tu me connaisses aussi mal, que tu n’aies jamais été capable de comprendre comment je me démerde et comment c’est parfois difficile pour moi. Je ne vais pas te rappeler la liste de mes charges, tu n’y as jamais rien compris. J’ai lu quelques définitions dans le Trésor de la langue française: radin, pingre, rapiat, etc. Ce n’est pas flatteur évidemment. La mesquinerie! Un fantôme de ton imagination, comme dit La Bruyère. Disons que cette note sur ton blog, c’est la goutte d’eau… Mais il y a tout le reste, tout le reste qui n’a plus de sens, qui ne va plus, décevant, incomplet, sans avenir…

Quittons-nous vraiment.

Pierre