samedi, 21 août 2010
Homo festivus (misère de l'air du temps)
Il est 12h30, je réécoute l'émission sur Philippe Muray, avec laquelle je me suis réveillé ce matin, secoué par la voix de Fabrice Luchini. Morceaux cyniques sur le culturel, la socioculture. Luchini démasque Finkielkraut, le prend en flagrant délit d'optimisme — l'autre se justifie: "C'est que j'ai un enfant." — et Luchini cite Cioran, quelque chose comme: "Si j'avais un enfant, ma connaissance de l'avenir est telle que je l'étranglerais dans la minute."
Flaubert à Louise Colet: " En fait d'injures, de sottises, de bêtises, etc, je trouve qu'il ne faut se fâcher que lorsqu'on vous les dit en face. Faites-moi des grimaces dans le dos tant que vous voudrez; mon cul vous contemple."
Homo festivus — fêtes monumentales et totalitaires.
L'empire du bien: "Derrière le festif, le sympa, il y a la mort du réel et la mort de l'art."
Paradoxe: "Il y a une sorte d'extension du domaine du rire, on rit partout, on rit tout le temps, et en même temps, une réduction du domaine du risible, car de quoi rit-on, à part de la taille et des tics du president de la république? Notre société, avec ses iphones, ses ipods, ses ipads, et la fête généralisée, ne sait plus rire d'elle-même, elle se défausse de sa propre risibilité sur ses boucs émissaires, ses victimes expiatoires que sont devenus les hommes politiques, et notamment les gouvernants. Nous ne savions pas à quel point nous étions nous-mêmes risibles, à quel point notre époque était elle-même risible."
"Le fond de commerce de l'indignation du rebelle salarié est pitoyable." (Luchini, contre les salariés du comique, qui sont des nains face à un Flaubert. Ils parlent de Guillon.)
Vomir la postmodernité.
Finkielkraut citant Chesterton: "L'esprit est la raison sur son fauteuil de juge, et si les offenseurs sont parfois touchés, le juge, lui, ne l'est jamais. L'humour pour sa part, comporte toujours l'idée que l'humoriste en personne est en position de faiblesse, et qu'il est pris dans les imbroglios et les contradictions de la vie des hommes." (Pour conclure que Muray, c'est l'apothéose de l'esprit.)
Démocratie: développement de l'égalité graduelle des conditions (Tocqueville). Démocratie terminale (Muray): on va vers l'indifférenciation, le métassage. Société de plus en plus sectaire et de plus en plus dogmatique.
Cioran, cité de mémoire par Luchini: "Je suis pour toutes les réformes que vous voudrez. Il n'empêche, l'homme n'en a plus pour longtemps."
"Un homme politique ne s'occupe que de mythification." (Luchini)
Muray: "Un roman qui n'opère pas une trouée dans la réalité de propagande du réel, à quoi ça sert?"
Muray cite un directeur de centre d'art contemporain: "En Limousin, si on veut s'en sortir, il faut passer du cul des vaches à la modernité, pas maintenant, mais tout de suite." Après une rêverie sur les vaches, Muray conclut: "Le paysan regardait les vaches, il se doit maintenant de manger la vache enragée de l'art contemporain." Le directeur du centre d'art: "Aujourd'hui, une gigantesque trame, faite de toutes sortes de maillons et de rhizomes, réunit installations, textes, sons, photos. Nous devons exprimer toute cette générosité ambiante sans faire le tri. Les visiteurs se sentiront plus à l'aise dans un environnement qui exprime mieux l'air du temps. Un centre d'art n'est pas un musée, mais un lieu de vie."
Muray: "La culture ne veut que la capitulation des ultimes réfractaires. Elle n'est que l'autre nom de la fête."
Muray encore: "Malraux était étranger à l'ignoble chantage mortifère du nouveau qui a toujours raison. L'art, littéraire ou plastique, n'exprimait jamais rien d'autre à ses yeux que l'idée que la partie n'est jamais, et n'est pas jouée, qu'il n'y a pas de loi, que rien ne sera jamais complètement analysé ni bouclé, qu'aucune solution jamais n'en terminera avec le moindre problème, qu'aucune réponse ne comblera jamais le désir insatiable de questions, si possible insolubles. Il est probable qu'il n'aurait jamais imaginé la transformation de la culture en programme de soumission des populations à l'avenir qu'on a choisi pour elles, de sorte que c'est aujourd'hui l'horreur de la culture et de son haut ou bas clergé inamovible qui est la condition première de l'exercice de la liberté."
Lien permanent | Tags : muray, luchini, finkielkraut, chesterton, flaubert, citation |
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