mercredi, 13 mai 2009

Les souris de Chaillot

Me remettre au clavier, mais lequel? Acheté une flûte alto samedi, le prochain morceau est pour la flûte alto, je voudrais l'enregistrer, mais il me faut un bon micro, et je ne comprends rien quand les vendeurs tentent de m'expliquer comment choisir un micro. Juste compris le prix, sept cents euros, le prix des guêtres d'Yves-Noël je crois. Je voulais une flûte ténor, mais mains trop petites, je n'arrivais pas à boucher tous les trous. Acheté un pipo à Clélie. On a essayé tous les pianos du magasin.

Il y avait une petite fille hier soir à la répétition générale. Je pourrais peut-être y emmener Clélie. Elle en a envie. Elle fredonne des paroles de la chanson de Nathalie Quintane, sans les comprendre, d'une voix claire et avec beaucoup de justesse. Je lui ai demandé si elle voulait prendre des cours de piano, elle a répondu non. Ecole de musique, ça fait trop école. Son bébé sera sur le plateau tous les soirs, je lui ai dit que Marlène s'en occupait bien.

A l'entracte on peut fumer dehors, portes ouvertes sur la Tour Eiffel déjà illuminée dans un ciel pas encore crépusculaire. Ca fait penser à la photographie que j'ai prise au moment des manifestations tamoules, à ces rêveries sur le lieu, l'actualité, au moment des répétitions. Le théâtre, politique. Ce texte que j'entends encore, en contrepoint du spectacle, La plus belle vie de ma vie. J'ai dit à Felix que j'avais senti le plaisir de jouer. Les sourires étaient de vrais sourires, les regards, les voix, presque toujours.

Avant-hier je rentrais chez moi avec un bouquet de roses. Il était très tôt, j'avais passé la nuit chez Yves-Noël, je prenais le métro. C'était les roses de Kate. Elles sont dans un pot de confiture, épanouies. Une rose blanche et cinq roses roses. Elles sécheront et je les garderai comme toutes les roses depuis des années, dans la vieille jardinière en fonte.

Avant la générale, on discutait avec Sylvie: la lumière et la musique. Elle me montrait la lumière du soleil sur la façade monumentale du théâtre, disait son goût pour les lumières naturelles et artificielles, m'expliquait comment un jour elle avait eu l'idée de traduire par la lumière le trouble ressenti au moment où une cantatrice reprenait a cappella, essoufflée, un air de Didon et Enée de Purcell. Ne pas vouloir atteindre le degré de perfection de la diva, mais traduire le trouble, ce trouble-là, dans ces conditions particulières. Je parlais de ma musique, des trois morceaux à trois temps de la première partie, le nocturne, la valse, la passacaille. Et puis le final, mesure asymétrique que j'hésite encore à chiffrer, 2+5/8 ou 14/16. J'avais le projet d'écrire sur ma musique et sur ce qu'elle devient dans le spectacle, mais je ne sais pas. J'ai pris quelques notes sur le sujet, une trame, Montaigne (l'exercitation), Baudelaire (le chic, le poncif, la beauté bizarre, l'oiseau et le gouffre), les bas-fonds, le théâtre politique, et la petite histoire, la vie minuscule de Pierre Courselle (avec un "s", mon ancêtre), qui envoya un jour une pièce de théâtre à Jean Vilar, dont personne n'a la trace. Un peu comme Kate et Felix essaient de capturer les souris de Chaillot qui se cachent dans les anfractuosités des murs rugueux du Studio.