lundi, 07 septembre 2009

Etre transparent comme une vitre, en finir avec les métaphores

"Jean-Michel Rabeux a peur de lui-même. (Pour les autres, il s'en charge.) Il est fou d'avoir écrit une tragédie. J'en ai marre de paraître. Je veux être transparent comme une vitre."

Jean-Michel Rabeux, sur Facebook.

(Passage du "il" au "je": la vitre. Et les gloses qu'on imagine - qu'on fait sans doute déjà - au sujet des échanges, des codes, de la syntaxe sur Facebook.)

(Vitre est presque l'anagramme de vérité.

Comme une vitre: préférer les comparaisons aux métaphore - mensonge de la métaphore, honnêteté de la comparaison: l'esprit dupé montre où il a péché. Honnêteté de l'écriture - je pense souvent aux feuillets de Baudelaire: "Hygiène, morale, conduite" - je ne sais plus dans quel ordre. Pour moi: éviter les métaphores, le plus possible, quand c'est possible. Métaphore: stupide déguisement. Métaphore: gratuit, facile, mystère de pacotille. Faire comme Joachim Delorme. Explosion, big bang métaphorique: de Rimbaud aux surréalistes - vision, inconscient. Mais maintenant, quoi? - Quand même, la belle rigueur... maîtrise de la métrique jusque dans la diérèse: "On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans"... Rimbaud: capacité de silence, colères, Afrique - désir immense.)

(Il faudrait relire La Transparence et l'obstacle... Lu ça il y a douze ou treize ans.)

(Hygiène: le soir: quinoa bio et flocons d'avoine dans du lait de soja, avec un filet de sirop d'agave. Un verre de vin rouge, parfois.

Morale: pas de tentation - à la piscine, de toute façon, les mecs baraqués qui vident leur gel de douche dans le slip de bain et s'astiquent en vous regardant d'un air sévère...

Conduite: pas de prière, pas de dieu - Baudelaire prie. Pas de course à la réussite, pas d'aigreur, pas de tourment. Partir loin, - je veux dire: partir vraiment, définitivement -, mais que ce ne soit pas une fuite. Donc, attendre, le bon moment.

Peu d'argent au bout du compte, au bout du mois, mais plus d'excès.

Regarder les corps et les visages de vingt ans, comme la terre se renouvelle, la semence, le bel instinct animal - ce matin dans le métro...)

(La religion de la métaphore - la métaphore relie. Métaphore: aussi factice et aussi nécessaire que les religions. Créer des illusions, à quoi bon? Tout ça est trop codé, trop connu maintenant. D'où, je crois, l'Afrique: la brûlure du réel - sans métaphore.)

mardi, 11 août 2009

Coquille vide

"La métaphore ici est un savon mouillé ne cessant de glisser des mains du métaphorologue."

Cédric Detienne, "Et le psychologue rencontra la métaphore", in Journal de l'Association des Praticiens de Psychologie Appliquée (APPA), N°134, 2004

Musiques d'ascenseur pour femmes seules
qui rêvent de Venise... Au bord des lèvres:
un kilo de doute et trois de misère
- en descendant au marché des aveugles.

Les veines assorties, les écouteurs
de silence tout au fond des oreilles
- on se perdrait en sourires vermeils,
on s'épuiserait jusqu'à la dou(l)(c)eur!

Quelques envies au suspens de l'été...

- Respect de l'horaire, sens de l'effort.

Ou quelqu'inconsistante métaphore:
le velours noir de la vacuité.

Voir aussi: Fabula.org

Lève-toi vers toi-même, et va vers toi-même

A la hauteur du front, les gouttes abondent, et la foule moite: un jeune homme lisait le Cantique de Salomon dans le métro de dix-neuf heures. Je m'étais assis à côté de lui sur un strapontin et penchais la tête vers son livre aux écritures minutieuses et érotiques. Pour le protéger, un étui en cuir noir: une fermeture éclair pour l'oublier. De retour chez moi j'interroge un moteur de recherche et je lis irrégulièrement comme on erre à l'écran: "la voix de mon amant, le voici, il vient, il bondit sur les monts, il saute sur les collines, il ressemble, mon amant, à la gazelle ou au faon des chevreuils". La chaleur me surveille, le mal de tête disparu, et la naïveté d'une métaphore: "je désirais son ombre, j'y habite, son fruit est doux à mon palais".

lundi, 20 avril 2009

Le ceinture qu'on desserre pour écrire davantage

Charles Dantzig, à propos de Villiers de l'Isle-Adam, Bloy et Huysmans:

"Ces trois écrivains avaient les défauts de leur siècle, comme nous tous, même s'ils le haïssaient: la profusion, les phrases trop riches, la ceinture qu'on desserre pour écrire davantage. Au moins, avec sécheresse, le XVIIIe avait la taille fine. Le XXe? Fragmenté comme une bombe."