mardi, 17 mars 2009

La vie comme un lavis

"Hyposulfite de sodium", octosyllabe décadent, je lis les Echappées euthanasiques de Nikola, le train a du retard, un suicide, on m’a parlé des morceaux éparpillés au bord de la voie, on voyait par la fenêtre des hommes ramassant morceaux de chair, c’est curieux comme je retrouve dans l’écriture de Nikola la langue du vide, la langue qui parle du vide, et qui en parle avec fioritures, langue baroque du tourment, et ce personnage qui n’aime pas la musique baroque, langue pleine qui parle de l’"évidement", je me souviens avoir écrit "évidement", personnage "en proie à l’en-aller" écrit Nikola, pourtant dans le train on se disait retard pas possible, quoi deux heures de vie, deux heures perdues, et les conversations roulant sur les ressources humaines, ressources inhumaines, et le flot des paroles comme on marche sur des œufs.

Ce matin je m’arrachais aux draps noirs et la cravate jetée dans le sac je partais vers la gare Montparnasse, "Pierre vous avez le slip sur la tête" me disait-on, je lisais message nocturne d’Yves-Noël qui disait "petit frère", points de suspension aussi, et Renato parlait de mon roman. Ordre du jour, ordre de la journée c’est déjà autre chose, désordres académiques, ou fondation d’une académie du désordre serait mieux encore. On parlait comme programmes informatiques infaillibles, avec nuances à la demande, tours de table comme tours d’un pays presque imaginaire.

A Nantes c’était beaucoup de verdure et odeurs d’herbe fraîche comme on oublie quand on habite à Paris, mais on devrait s’échapper un peu en fin de semaine, la voiture et la mer, conduire et se laisser conduire. Les plages normandes, le manoir d’Ango peut-être. Varengeville-sur-Mer, son manoir, son église, son cimetière aux artistes décomposés.

Je reprends les Echappées. "Lorsqu’il rentrait du cimetière, en funambule, en fantomatiques murmures, il se lançait dans la peinture explosée d’étranges fresques sur les murs de son couloir d’entrée. Son âme pouvait s’y noyer ou se perdre dans la dilution des frontières. Sa vie comme un lavis."