mardi, 25 août 2009

Qu'il faut travailler plusieurs choses à la fois

Combien on s'ignore, on le mesure en se relisant.

Beaucoup d'écrivains considèrent leur art, non comme chose dont il faut se rendre maître - sine qua non - mais comme un jeu de hasard où l'on peut risquer sa chance. Ils se remettent tout entiers à la fortune et se donneront la valeur qu'elle voudra bien leur conférer. (Ils ajouteront même quelque chose.)
Il y a donc deux écueils, deux manières de s'égarer et de périr: l'adaptation trop exacte au public; la fidélité trop étroite à son propre système.

Projet de préface.
Voici nos mythes, nos erreurs que nous eûmes tant de peine à dresser contre les précédentes!...

Qu'il faut travailler plusieurs choses à la fois. C'est le meilleur rendement, - l'une profite à l'autre, et chacune est plus soi, plus pure; car des idées qui viennent, on envoie chacune où elle est mieux à sa place, parce qu'il y a plusieurs places qui attendent.

Une oeuvre est solide quand elle résiste aux substitutions que l'esprit d'un lecteur actif et rebelle tente toujours de faire subir à ses parties.

Paul Valéry, Tel quel II, Gallimard, Idées NRF, 1971, p. 48.

Voir aussi: http://page48.blogspot.com/