mercredi, 07 octobre 2009

Errance

Encadrer
le désert
sur un mur
de cuisine

à l'écho
des paroles
quotidiennes
et d'amour

c'est le peu
qu'il me reste
à tracer

au cahier
boursouflé
de mon coeur


Tant faible au
moment or-
dinaire et
que la peur

homme trans-
pirant ou
quelque angoisse
naturelle

t'oublie sous
le ventre as-
séché les

replis d'être
la conscience
gondolée


Humeur sombre
comme ivresse
accrue par
amnésie

ignorant
le décor
paysage
de bitume

c'est la pluie
ô demain
élevant

l'homme dé-
composé
et sa joie


L'oublieux
égaré
tant se noie
et se meut

au milieu
de la rue
que ne veut
plus l'aimé

insouciant
désormais
apparaître

en son rêve
opaque et
disloqué


Le passage
simplement
piéton et
les pas ca-

dencés d'une
jeune fille
aux grands yeux
argentiques

un salut
amoureux
et puis elle

passe comme
la nuit com-
mencerait

Joachim Delorme, Panique poésie

Texte au format PDF: 091007errance.pdf

lundi, 17 août 2009

Je voudrais aller voir...

Je voudrais aller voir où sont cachés les dieux,
les puissantes douleurs et les mains sectionnées,
les drapés de langueur autour des statues - car
aucune légende ne s'épuise vraiment;

prendre dix fois l'avion et rencontrer le monde
dans les aéroports, au vacarme des langues,
parcourir lentement les canaux séculaires
et voir les villes d'eau et les bijoux de verre.

Mais malheureusement, je reste rivé à
ma triste capitale aux touristes en short,
aux dimanches trop chauds pour l'esprit engourdi:

les nuits illuminées de lumières factices
me soufflent le regret de n'être pas un autre
- alors je mets un short et je fais des sonnets.

Joachim Delorme, Panique poésie (2007)

dimanche, 16 août 2009

Le miroir numérique du monde

Décrire au loin le tumultueux océan,
réfléchir l'égarement qu'on croit deviner,
dire le ciel à la mesure d'une angoisse,
divaguer bêtement où se noient les poèmes,

panser une plaie urbaine à l'écran de l'or-
dinateur, au miroir numérique du monde,
la mémoire affolée, les compteurs à cent mille,
écrire un utopique livre des visages,

ou, à une autre époque, imaginer le vide
de la vie, en dessiner l'impensable cercle,
et faire oeuvre de rien, et ne plus aimer rien:

voici, en quelques vers, une liste de tares.
Je les déplore et m'en repais - suis ainsi fait:
la vérité des mots m'échappe autant qu'à vous.

Joachim Delorme, Panique poésie, cité par Michel Collot dans Le Corps cosmos