vendredi, 24 septembre 2010
Le cerveau de la capitale
"J'allai dans les quartier, qui est comme la quintesssence de l'urbanité française. Ce n'est pas la Cour, mais il vaut peut-être beaucoup mieux; car il a un ton souvent meilleur; il corrige la Cour elle-même; il lui porte la loi impérieuse de l'usage national, et la force de s'y conformer. Il la siffle, si elle ne lui plaît pas, et la force à changer. Ce quartier, qui est comme le cerveau de la capitale, c'est la rue Saint-Honoré, unie au quartier du Palais-Royal. La rue Saint-Honoré ne paraît composée que de marchands: mais il est une infinité de gens de goût dans les étages supérieurs, et surtout dans les rues adjacentes. Il est même des étrangers, qui ne vivent que là, sans y demeurer. Il quittent le matin leur demeure, au faubourg Saint-Germain, au Marais, à la Chaussée d'Antin, et le reste, pour venir dans le beau quartier manger, faire leur partier, causer, se promener; ils ne rentrent chez eux que le soir, et ne connaissent du Marais, du faubourg Saint-Germain, ou du quartier Montmartre, que leur appartement."
Rétif de la Bretonne, Les Nuits de Paris
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mardi, 21 septembre 2010
Quatrième nuit
Maintenant que tout le monde est photographe, on s’immortalise au milieu des vieilles pierres, les appareils numériques ne craignent pas la nuit et s’adaptent aux lumières orangées des projecteurs, élucideurs de mystères: on voit bien que le Pavillon de l’Horloge a quelque chose d’incongru, par ces empilements boursoufflés inconnus de la Cour Carrée. Une statue à la mode Renaissance, dans l’esprit troubadour qu’on affectionnait au dix-neuvième siècle, prolonge un pilastre cannelé au chapiteau composite: c’est Jean Goujon, auquel le Second Empire rendit hommage, comme à quantité d’autres protestants animant les ailes de la Cour Napoléon. Sous un arc, le N impérial, et de part et d’autre du porche, des œils de bœuf, dont les membres charnus de nymphes allégoriques épousent le cercle: l’Art Antique et la Renaissance s’entreregardent dans l’immobilité d’une pierre restaurée sans doute. C’était originellement une pierre très tendre qui permit d’achever les grands travaux en cinq ans, mais bien vite le gel hivernal fit éclater la couche de silicate dont l’architecte, pensant le protéger durablement, avait fait recouvrir le calcaire oolithique. Napoléon III inaugura l’immense palais le 14 août 1857, soit moins de deux mois après la publication des Fleurs du Mal, que Baudelaire avait mis seize années à composer. La Pyramide où se massent les passants semble ainsi une excentricité au milieu d’une autre plus vaste, et pourquoi ne pas s’y adonner, la nuit tombée, à des poses touristiques, consignes futures des amours, des rires, des conversations italiennes qui résonnent par ici? Je me demande si quelqu’un enregistre le chant du violoncelle qui s’élève en lentes vibrations de sous la pénombre du porche, et qui m’attira premièrement. Je ne sais ce qu’il mouline, je ne connais pas tous les répertoires, je doute parfois s’il s’agit d’une suite classique ou d’une affreuse mélodie contemporaine, d’un goût aussi incertain peut-être que les façades impériales.
En recomposant ces impressions, je me souviens d’un poème de Ronsard, mais d’abord ces quelques vers d’un autre, où il se reconnaît dans la figure d’une déesse aux joues enflées, s’adressant à Pierre Lescot, en qui il trouve son égal:
Et pour cela tu fis engraver sur le hault
Du Louvre une déesse, à qui jamais ne fault
Le vent à joüe enflée au creux d’une trompette,
Et le montras au Roy, disant qu’elle estoit faicte
Expres pour figurer la force de mes vers,
Qui comme vent portoyent son nom par l’univers.
L’autre poème est un conte plaisant: Marguerite de Valois marchait la nuit dans la cour du château, Amour l’aperçut, fatigué d’une longue course céleste, la rejoignit aussitôt, tellement ravi par sa beauté qu’il fondit dans son œil, afin d’être tout près de sa nudité à l’heure de se déshabiller. La réalité, c’est le vertige de ces comparaisons, c’est comparer l’incomparable quand la terre a fait mille révolutions: Marguerite plus proche dans la fiction du poète que les belles étrangères dans l’objectif des caméras, le froissement d’une robe sombre plus audible, et les pas mesurés sur la dalle, ou le souffle inquiet, plus admirables que le spectacle apaisé des promeneurs de cette fin d’été. Une jeune fille s’assied assez près de moi pour que je perçoive sa rêverie, ou la feinte d’une rêverie, trop loin cependant pour autoriser une conversation. Quand elle se lève, j’observe son teint blanc et sa chevelure rassemblée en une épaisse natte blonde, rabattue sur le devant de l’épaule droite.
Je quittai moi aussi le parapet où j’avais pris quelques notes, je continuais d'examiner tout ce qui s'offrait à mes regards, et j'allais insensiblement, sans penser à mon chemin.
[…]
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dimanche, 27 septembre 2009
Sans titre
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