samedi, 19 septembre 2009

La pointe aiguë de l'instant

Le soir est apaisé, je scanne les dessins de Clélie: La couronne du roi, La Couronne de la reine, La mouche, Les fleurs, et Le coeur sous l'oreiller (celui qu'elle avait placé sous mon oreiller il y a deux semaines).

Le parc était fermé alors il a fallu passer par-dessus la grille, Clélie se suspend dans le vide, c'est la première fois qu'elle y arrive, ses longues chaussettes prennent la poussière, des garçons de vingt ans perchés au sommet du tobogan attendent le passage du dernier char, un black s'approche de moi comme je roule une cigarette et me demande si j'ai du chit.

J'ai mis le tee-shirt que Kate portait à Chaillot dans la deuxième partie du spectacle, holidays in reality.

Dans le métro il y a des cris, la "bouche de vacarme du métro", un homme à côté de moi tousse longuement dans son journal, je ne dois pas être le seul à penser à la grippe, la conductrice parle aux passagers, salue ceux qui reviennent de la Techno Parade, s'excuse d'être aussi légère, dit qu'elle aurait aimé y être.

Clélie se laisse tomber du canapé et se cogne la tête, pleure, quitte la pièce, revient en me reprochant de ne pas avoir utilisé ses bisous (les bouches bleues qu'elle dessine sur de petits papiers pliés en quatre, que je dois coller sur mes joues pour avoir des bisous quand elle n'est pas là).

Hier ce sont les policiers qui m'ont sauvé des larmes, je paniquais dans Rouen, c'était l'heure de pointe, je savais que je louperais le rendez-vous, j'ai répondu au téléphone et on m'a demandé aussitôt de me ranger sur la droite, attendre dans la voiture, fouiller dans mon sac pour retrouver mes lunettes de vue que je n'utilise que pour rouler de nuit, reconnaître deux autres infractions: le téléphone au volant et le changement d'adresse que je n'ai pas signalé. Ils sont deux et se sont réparti les rôles: chacun me tend un avis de contravention, me demande si je reconnais les faits, et me fait signer. J'étais tellement en retard que ce n'était plus la peine de me presser, je retrouverais Clélie plus tard et plus loin, et entretemps je faisais des photos sur la route entre Rouen et Yvetot, j'utilisais le retardateur et je courais dans les champs. A Fécamp j'attendais Clélie et sa mère à la sortie d'un théâtre, mon jean troué trop troué, le tee-shirt avec une tête d'aigle qu'Yves-Noël m'a donné.

(Camille me demandait aussi, je ne sais plus quel soir, où étaient mes lunettes, on se voyait pour la première fois, après les quelques mails échangés depuis la fin du mois d'août, et je n'avais pas les lunettes de soleil que tout le monde peut voir sur ma photo de profil, ici et sur Facebook.)

Mélanie, Neige, rencontre de chuchotement, j'ai écrit chuchotis, quelque chose comme le titre de son blog, Chuchotements de flocon, et l'url aussi: Petit chaperon blanc.

Philippe Lejeune me répond, et j'essaie d'expliquer à Clélie à quel point son mail me fait plaisir: "Excusez-moi d'avoir tardé à vous répondre, une semaine semble un siècle, sur Internet... j'ai apprécié votre engagement, votre vivacité, le parti pris de composer à la pointe aiguë de l'instant, sans retour, votre indéniable talent... c'est très réconfortant de voir un nouveau média livrer ainsi le meilleur de lui-même - et, pour moi, de savoir que le "pacte" a pu vous être utile, - mais tout vient de Rousseau, l'engagement sans retour, le risque, la nécessité d'inventer de nouvelles formes, ou, plutôt, de nouvelles manières de dire et d'être à la fois. Je vais suivre votre "progress" en vous mettant sur mes favoris..."

Yves-Noël, je lui laisse un message dans l'après-midi, quelques mots et des bisous, Clélie prend le téléphone mais ne comprend pas le principe du message, elle se mord la lèvre inférieure en me regardant, je lui souffle "bonjour" et "bisous".

(Difficile de parler ici de la crise avec Yves-Noël, le nécessaire jardin secret dont parle son psy, la crise liée à une note que j'ai effacée ce soir-là, en rentrant chez moi, le texte où je parlais de mon passage dans un sauna de Dieppe tandis qu'Yves-Noël était à New-York, la soirée qui dégénère, les corps si proches au théâtre puis les mots mortifères, la gueule dans le métro, incommunicabilité, rage, et je songeais stupidement à supprimer mon blog, la manipulation est si simple, ou à le trouer, supprimer des notes à l'aveugle, un peu à la fois, méticuleusement, comme j'ai déchiré tous mes tirages noir et blanc il y a quelques années.

J'effaçais aussi deux autres notes: celle où je parlais du changement de statut amoureux d'Yves-Noël sur Facebook, de "en couple avec Pierre Courcelle" à "célibataire" puis à "c'est compliqué", et la photographie que j'avais publiée au retour d'Yves-Noël, qui était un signe, un lien entres nos blogs et entre nous. J'ai remis la photographie, mais pas les deux textes, que j'avais écrits directement ici et dont je n'ai pas de copie.)

(Cette photographie d'Yves-Noël par Yves-Noël, c'est une Vanité, c'est plus qu'une photographie "d'après une photo de Marc Domage" comme il l'indique sur son blog, c'est un autoportrait par le truchement d'une carte postale à l'effigie du photographe lui-même, image d'image, image gratuite d'une image de communication - c'est la carte postale qu'Yves-Noël donne en guise de carte de visite -, image tenue d'une main tendue vers le sol tandis que l'autre déclenche la prise de vue sur l'iphone, les prises de vue, puisque c'est une série, et il y a cette chenille, la "chenille américaine", chenille énorme sur le petit visage enfermé dans le rectangle brillant de la carte postale, comme la nature silencieuse et en devenir se promène sur le portrait artificieux du poète exilé.)

(Mon jardin secret, ce doit être le jugement, ce que je pense de..., ce que j'aime, qui j'aime, l'écrire, je ne l'écris jamais je crois, mes notes restent factuelles. Se méfier du jugement, toujours, surtout de son propre jugement.

Songé à écrire ailleurs, sur un autre blog, recommencer ailleurs, sans lecteurs, ou avec d'autres lecteurs... et puis à quoi bon. C'est ici qu'il faut continuer à écrire, dans l'épaisseur d'un an et demi d'instantanés.)