mercredi, 23 mai 2012

Autoportrait plastique

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mardi, 22 mai 2012

Reine des facultés

Il est difficile de qualifier la tenue de Michel Butor, salopette élégante ou costume-salopette: tenue adéquate certainement pour la rondeur vénérable du ventre du vieillard, qui devisa libremement sur les incongruités géographiques de l'orbe terrestre. La première fois que j'assistai à une conférence de Michel Butor, c'était à l'université de Lille, quand j'étais étudiant. Il avait alors disserté sur son patronyme, qui est un nom d'oiseau et qui fait aussi de lui une personne lourde, stupide et grossière. Hier soir, une centaine de personnes s'étaient réunies pour l'écouter à l'occasion de la parution du dernier tome de ses oeuvres complètes, qu'il se permit de présenter comme incomplètes car il entendait continuer à écrire, ajoutant qu'il y aurait des oeuvres complémentaires.

En arrivant au CNL, Olivier me tendit le Journal en ruines de Noël Herpe, qui allait s'asseoir à côté de moi quelques minutes plus tard. Le deuxième paragraphe de ce journal date de 1986: "Je n'ai aucune imagination. Je ne suis capable de parler que de ce que j'ai vu, entendu, ressenti. Je ne m'accorde même pas le droit d'inventer quelque chose qui ne corresponde pas à une expérience. Je suis enchaîné au réel — et je m'en sens coupable en un temps où le réel n'est plus une valeur littéraire... Mais quoi que j'écrive, je suis ramené à ma propre histoire, je n'en sors pas." Autres temps... De l'imagination, il n'a pas été question dans la conférence de Butor. Il a parlé de la langue étrangère dans la langue commune, cette langue de l'auteur à la fois familière et étrange, déconcertante: poncif de la critique littéraire qui s'énonce avec tant de limpidité alors que ce qu'il désigne est si complexe...

J'étais un peu gêné avec mon costume gris de rat de ministère et ma cravate fantaisiste. Olivier m'écrivit quelques phrases sur le carnet rouge qu'il avait oublié chez moi dimanche et que je venais de lui rendre. Nous partîmes avant la fin car Olivier devait se rendre à un dîner à Strasbourg-Saint-Denis. Je rentrai chez moi, répétai mon programme de piano, mangeai des céréales dans un bol de lait de soja, pensant à l'inversion des saisons en Australie telle que Butor l'avait décrite avec humour. Je troquai ma chemise blanche contre un T-shirt portant l'inscription "guide for shy girls", me lavai les dents puis le visage, que je massai afin de faire pénétrer une crème hydratante, ce qui fit gonfler les veines de mon front — sans doute elles nourrissent mon imagination: c'est une chose étrange de les voir si saillantes.

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mardi, 15 mai 2012

Deux arbres se détachant sur l'horizon au couchant

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Félix Thiollier (1842-1914), Deux arbres se détachant sur l'horizon au couchant
Date de l'œuvre: entre 1880 et 1885
Crédit: RMN (Musée d'Orsay)
Procédé: épreuve sur papier albuminé
Hauteur: 0.15 m
Largeur: 0.215 m

Source: Arago

dimanche, 06 mai 2012

Rêverie

Je voulais écrire, mais rien ne vient. Je n'insiste pas car la volonté n'y a jamais rien fait. Il y a quelques photos prises hier et aujourd'hui à Tours et à Amboise, quelques photos d'Olivier, sa présence deux jours et deux nuits, ses yeux brillants, son rire, le mouvement de sa tête, de ses bras, de ses jambes, sa rapidité, sa façon de fumer.

Paul Valéry écrit ceci dans son Introduction à la méthode de Léonard de Vinci, qui est une manière d'orner le rêve du pays de son corps: "Il adore ce corps de l'homme et de la femme qui se mesure à tout. Il se sent à la hauteur, et qu'une rose peut venir jusqu'à la lèvre; et qu'un grand platane le surpasse vingt fois, d'un jet d'où la feuille redescend jusqu'à ses boucles; et qu'il emplit de sa forme rayonnante une salle possible, une concavité de voûte qui s'en déduit, une place naturelle qui compte des pas. Il guette la chute légère du pied qui se pose, le squelette silencieux dans les chairs, les coïncidences de la marche, tout le jeu superficiel de chaleur et de fraîcheur frôlant les nudités, blancheur diffuse ou bronze, fondues sur un mécanisme. Et la face, cette chose éclairante, éclairée, la plus particulière des choses visibles, la plus magnétique, la plus difficile à regarder sans y lire, le possède. dans la mémoire de chacun, demeurent quelques centaines de visages avec leurs variations, vaguement. Dans la sienne, ils étaient ordonnés et elles se suivaient d'une physionomie à l'autre; d'une ironie à l'autre, d'une sagesse à une moindre, d'une bonté à une divinité, par symétrie. Autour des yeux, point fixe dont l'éclat se change, il fait jouer et se tirer jusqu'à tout dire, le masque où se confondent une architecture complexe et des moteurs distincts sous l'uniforme peau."

mardi, 01 mai 2012

Sensation

Lundi 30 avril 2012. Cette année je vais avoir trente-sept ans. En la forêt de longue attente j'attendais... Il était là, sous mes yeux, comme il le dit, Lui. Il m'a quitté dimanche midi comme s'il allait revenir dans quelques heures ou comme s'il était simplement descendu acheter des cigarettes. Il est parti. Plus tard je suis parti à mon tour. Je suis à Tours aujourd'hui et pour deux semaines, la journée en répétition, le nuit dans un grand appartement, duplex, quatre chambres. A Tours je suis en résidence, CCNT, Centre chorégraphique national de Tours, journée passée dans ce lieu de tôles, grand plateau noir, oripeaux de Viviana étalés à l'avant-scène, j'ai photographié sa perruque d'éponges métalliques, ses souliers argentés, il a plu souvent.

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J'ai trop bu ce soir, on remplissait mon verre dès qu'il était un peu vide. C'était un joli appartement dans une ancienne maison de maître, il y avait du jonc sur le sol, une chaise transparente, un fromage irlandais marbré à l'arrière-goût de caramel et de bière. Les livres étaient soigneusement rangés dans les grandes étagères, ordre alphabétique. C'était l'appartement d'un poète. il parlait de Borges avec Viviana qui l'avait lu dans sa langue maternelle. L'écrivain le plus intelligent du vingtième siècle, disait le poète. Je pensais à Pessoa, parlais d'un recueil de poèmes anglais que j'avais acheté récemment, le poète allait immédiatement chercher un recueil de poèmes anglais de Pessoa dans une édition plus savante que celle que je m'étais procuré.

A la fin je ne pensais plus qu'à Olivier mais n'ayant pas le loisir de fermer les yeux ni ne voulant consulter mon téléphone, je mourais de ne pouvoir m'isoler avec lui ne fût-ce que derrière mes paupières, si loin de lui, si...

Mardi 1er mai 2012. J'avais tout emmené ici à l'exception du cordon d'alimentation de mon ordinateur. Le texte commencé hier est resté en suspens. Viviana me prête son MacBook, je reprends le texte où je l'avais laissé hier soir.

Olivier m'a envoyé une photographie de sa chambre. Il a posé le galet troué au-dessus de son lit. L'image est maintenant sur son blog, avec cette légende: "Mon bureau. Proust, Tercian, Lexomil, invit Plaza Athénée et surtout le coeur de Pierre." J'ai photographié la même nature morte dimanche après-midi, après son départ, je voulais conserver quelques images de sa chambre, j'aimais bien la composition, les livres aux tranches élégantes, le visage d'une statue, cheveux frisés comme lui, pierre comme nos noms. A Tours j'ai amené les brins de muguet qu'il m'a offerts. Il y a aussi une petite rose dont deux pétales sont tombés ce matin. Muguet vient de musc, un muguet à la Renaissance est un jeune élégant, mugueter signifie faire le galant, courtiser.

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tours

"Je ne parlerai pas, je ne penserai rien, / Mais l'amour infini me montera dans l'âme; / Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien, / Par la Nature, heureux, — comme avec une femme."

dimanche, 29 avril 2012

Hier soir, ses mains

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lundi, 23 avril 2012

Portrait du père par la mère

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Dessin du frère

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Du rouge aux lèvres

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Les mots à la bouche

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