dimanche, 15 mars 2009
Du vide et de la vie
Tout commence par l'attention. S'il n'y a pas l'attention, il n'y a rien spirituellement. Celui qui n'est pas capable d'attention n'existe pas sur ce plan. Comment, dès lors, serait-il retourné par un vertige? Comment serait-il expulsé, il n'y a pas d'autre terme, d'une dimension profane et quotidienne vers un accès au sacré? Impossible. L'attention transforme l'expérience du néant en richesse, en "toutes les richesse flambant comme un milliard de tonnerres", dirait Rimbaud. Avoir un bon rapport avec le vide procure un bon rapport avec ce qui existe. C'est cela, la richesse! Il ne s'agit pas de flotter dans un état d'apesanteur. Les choses reviennent, elles font retour vers nous; mais autrement que comme des objets destinés à notre usage. Il faut libérer ce qui est, affranchir le donné. Qu'il échappe à l'asservissement, à la banalité, à la reproduction mécanique du pareil au même. C'est à cette condition qu'une singularité coïncide avec ce qu'il y a de plus vif en elle: ainsi a-t-elle une autre perception de sa vie que celle d'un esclave. Le néant ouvre à une liberté infinie. Liberté vis-à-vis de soi, des choses et des autres êtres.
Yannick Haenel et François Meyronnis, Prélude à la délivrance (2009)
Lien permanent | Tags : prélude à la délivrance |
Facebook
dimanche, 08 mars 2009
Epiphanie, insurrection, camelote, crapules
"L'épiphanie, on peut la trouver dans la vie. il peut y avoir des gestes passionants dans la rue, des situations brusquement ouvertes, des inflexions de lumière qui traversent le corps d'une passante. L'art existe en fragments inattendus. Il relève du coup de foudre. Avec l'art, il n'existe pas de rapport d'usage, mais un rapport de jouissance. Et la jouissance ne s'évalue pas, elle comble. Elle allume la possibilité des phrases. La rencontre déclenche un régime de désir où l'écriture se réveille.
L'art, c'est la littérature. Les autres arts sont compris dans la littérature. La littérature donne une oreille à la peinture, et offre des yeux à la musique. La fulgurance poétique, c'est à travers des phrases qu'elle s'accomplit. Une phrase, si c'est vraiment une phrase, a toujours quelque chose d'insurrectionnel. Ce sont les phrases qui vous réveillent, qui vous mettent en vie. Bien sûr, ils sont beaucoup à répéter qu'une phrase n'est jamais qu'une phrase. Et que les phrases n'ont jamais rien changé, ne changeront jamais rien. C'est ainsi qu'on reconnaît les crapules. Elles pullulent, surtout dans la sphère culturelle, qui s'est spécialisée dans leur recrutement. Le travail des crapules consiste à propager la camelote, à veiller à ce que la camelote demeure de la camelote, et à décourager toute personne qui se mettrait à penser que la littérature est de l'art."
Yannick Haenel et François Meyronnis, Prélude à la délivrance, Gallimard (2009)


