lundi, 27 septembre 2010

"Dans des régions sauvées par la mort"

A la télé il y a un débat sur le goût français: sur le plateau, on revient sur l'exposition des résines de Murakami à Versailles. Marc-Edourd Nabe parle des croûtes de Versailles, et rappelle que Louis XIV a lui-même joué les travestis dans une pièce de théâtre. Il parle du côté fun, drôlatique, successfull de Koons et Murakami. Laurent Fabius parle de l'effort méritoire pour aller vers l'art contemporain, et cite Picasso: "L'art, c'est comme le chinois, ça s'apprend." Il parle aussi du Loneseome cowboy, vendu quinze millions d'euros, jeune blondinet faisant un lasso de son sperme. Il conclut sur la faiblesse de Murakami, à quoi s'oppose Jean-Jacques Aillagon, qui prétend ne pas aimer Renoir, à la différence de Fabius, qui demande, interloqué: "Vous n'aimez pas... tout Renoir?... Vous faites un blocage psychologique?" A l'écran, la problématique, en sous-titre: "Versailles, galerie d'art contemporain?"

Entretemps j'ai relu le rapport de stage de Renato, tout en échangeant par intermittence avec Benjamin sur msn, où je ne m'étais pas connecté depuis plus d'un an. Benjamin est à Montréal cette année, il prépare une thèse, m'envoie une pièce de théâtre qu'il a écrite.

Il y a eu surtout ce sms d'Yves-Noël, en début de soirée, qui commençait ainsi, fulgurant: "Âme, j'ai failli perdre le regard dans le train, tout à l'heure. Maintenant, ça va. Mais j'ai pensé comme j'étais désolé de ne pas avoir pu être à la hauteur de l'espérance de notre amour. [...]"

Je lis sur son blog:

"J’avais mal à l’œil, mais le monde réussissait à être le plus beau que j’avais jamais vu, comme si j’allais mourir ou si, comme je l’espérais, j’étais juste très fatigué. Je m’étais allongé et j’avais fermé l’œil comme sur le noir du café. Et je les avais rouverts dans des hauteurs comme si la terre touchait le ciel. Je n’avais plus de sexualité, mais j’engageais des acteurs qui en avaient. Je ne les payais pas, mais les putains, les vraies, sont celles qui font payer pas avant, mais après. L’acteur m’offrait son cul, sa sexualité massive et rebondie, ses sécrétions comme il les offrirait à tous. Le ciel touchait la terre avec les vaches et tout, tout ce que j’étais en train de voir pour la dernière fois. J’avais énuméré dans ma tête les livres du XXème siècle que j’avais aimés et qui pouvaient entrer dans la catégorie "science-fiction" (puisque Michel Houellebecq avait dit quelque part que la seule littérature valable au XXème siècle avait été la science-fiction). Oui, après tout. J’essayais d’imaginer que les livres que j’aimais du XXème siècle entraient dans cette catégorie. (Excepté la poésie qui n’est d’aucun siècle et, toujours, de toute façon, une cosmogonie.) Voyage au bout de la nuit, oui, c’est de la science-fiction. A la recherche du Temps perdu, Les Vagues, Moderato Cantabile, Le ravissement de Lol V. Stein, oui, à l’égal des Chroniques martiennes. Disent les imbéciles, Les Fruits d’or, Entre la vie et la mort, science-fiction. Les Georgiques, La Route des Flandres, Tombeau pour cinq cent mille soldats, Eden, Eden, Eden, science-fiction. Coma, Formation. Kafka, Borges, Gombrowitch, Nabokov. Pessoa (avec les hétéronymes: science-fiction). Le Bleu du ciel, Ma mère, oh, j’arrête là! Ma mère, science-fiction. Modiano, Handke, Strauss, Simenon. Rauque la ville, science-fiction, c’est vrai. La ville rauque, c’est vrai. L’aspect contemplatif du monde est absolument sans menace. J’avais la sensation extraordinaire de glisser au-dessus du monde. L’ordinateur vibrait sur la table, mais, moi, à travers ma respiration difficile, j’avais la sensation de glisser, la sensation technologique. J’étais heureux d’être recueilli. Les gros nuages moelleux s’échappaient de mon cœur. Je ne pourrais bientôt plus écrire. Il y avait tout près… tout était là… Tout était de nouveau découvert. Ecrire n’était jamais décrire car tout était vivant. On ne pouvait rien toucher (de cette manière). On ne pouvait rien toucher d’aucune manière. La terre touchait tout. Et le ciel ne s’envenimait pas. Le ciel reflétait, (…), modérait. Redorait. La lumière, c’était la lumière. C’était ce que je n’allais plus cesser de ne jamais voir. Ma maladie. –"

dimanche, 19 septembre 2010

Première nuit

Si Renato est un personnage, entre quatre murs ou les quatre côtés d’une page, c’est tout un, ou encore au fil des rues, l’enfilade des heures, comme dit l’auteur, le Spectateur-nocturne, avec ce bizarre tiret et la majuscule qui vous prend au sérieux, le Hibou-Spectateur et sa volonté d’érotisme, ses intentions d’érotisme, un calendrier de rendez-vous pour une année entière.

S’il est un personnage ne s’examine même pas.

Le ministre, nous ne l’attendions pas, il nous faisait l’honneur de sa présence, je luttais contre le sommeil, cet état bien connu se décrit difficilement. Au cocktail, je pensais à la facture, j’avais visé le montant dans le secret d’un parapheur, les efforts étaient patents. Symboliquement tout cela se passait dans un grand lycée parisien, sous l’œil insigne de Louis-le-Grand, et à la sortie des classes, tandis qu’on buvait dans le parloir, quelques élèves s’arrêtèrent pour nous observer sans vergogne. Il paraît que devant le lycée l’un d’eux fumait la pipe.

Quelques jours auparavant, disons lundi, j’étais au Château de Versailles pour le vernissage de l’exposition de Takashi Murakami. Marlène photographia une Versaillaise dont le tailleur s’imprimait de marguerites d’une façon qui n’avait jamais dû être à la mode. Yves-Noël photographiait des sculptures en résine et des miroirs. Je me faisais draguer aux toilettes par un qui me complimentait sur mes chaussures tandis que nous pissions. Nous avions un carton d’invitation pour la soirée, mais ce n’était qu’un carton silver qui donnait accès à un buffet payant et permettait d’assister à un concert, d’après ce qu’on nous dit. Les détenteurs du carton gold ne payaient pas et accédaient à des plaisirs que l’on ignorera toujours. Finalement rien n’avait changé depuis l’Ancien Régime. Au retour, dans le RER, je lisais les notes d’un collègue en vue d’une audition à l’Assemblée Nationale. J’avais ensuite dîné avec Yves-Noël au Beaubourg vers vingt-trois heures, il avait photographié un couple de pédés assis devant nous mais je ne les ai pas retrouvés sur son blog. Puis on était rentré en taxi, chacun chez soi.

Alors que je quittais le lycée Kim m’appela, je sortis un carnet et un stylo et notai ses coordonnées bancaires, quelques mots échangés au sujet de la rentrée. Renato m’attendait rue Bonaparte, que j’avais prise en direction de la Seine alors que la galerie où nous nous étions donné rendez-vous se situait de l’autre côté du boulevard Saint-Germain. Sa nouvelle poudre l’empêchait de briller. Il fallut forcer l’entrée en forme de fente: l’entrée elle-même était une œuvre de l’artiste, deux cylindriques blancs d’à-peu-près deux mètres de haut et cinquante centimètres de circonférence dont la raideur accueillante était maintenue par une soufflerie invisible mais bruyante située à leur base. L’œuvre ainsi traversée valait huit mille euros. A l'intérieur il y avait beaucoup de blanc, beaucoup de polystyrène, du plexiglas, du verre, des sparadraps, du sang séché, des cheveux-de-l’artiste en boule suspendue à un fil de pêche, une vidéo expérimentale où les doigts d’une main photographiée en gros plan se déréalisaient en lentes volutes sous l’action stupide d’un logiciel de retouche d’image.

En somme je pense qu’une visite de galerie par semaine au moins pendant un an nous permettra de faire quelque progrès dans le domaine de l’art actuel.

Celui-ci s’appelle Honoré d’O.

Honoré d’O est un très beau nom d’artiste.

Il pleuvait un peu. L’Ecume des Pages était fermée mais nous nous réfugiâmes avec bonheur à La Hune, où j’achetai le dernier roman de Mathieu Riboulet. Il faudrait citer la première page, les premières phrases, l’art consommé des reprises pronominales, mais je crois qu’un homme n’a pas cette faculté qu’ont les femmes de jouir quand l’intellect est ravi — ainsi L’Etoile eut un orgasme dans un cours sur Ronsard.

A la terrasse d’un café j’expliquai ensuite que j’étais en chasse, et Renato me corrigea: "Non, tu es en rut, ce n’est pas la même chose."

My Lonesome Cowboy.

vendredi, 13 août 2010

Pour que la nuit soit propice

J’ai repris mon cahier, l’écriture sur mon cahier, c’était tout à l’heure, j’essaie maintenant de me souvenir des phrases qui m’avaient donné le signal, il ne me reste que le mot sillage, j’avais deux ou trois phrases, un début d’énumération, comme au printemps quand je traînais entre Saint-Germain et Saint-Michel, je n’avais qu’à marcher, me jeter, comme je l’écrivis dans un poème, dans la rue, dans un bus, dans un café. A l’Ecume des pages j’ai feuilleté deux ou trois livres de Jacques Réda, il est difficile de soutenir l’énumération des noms de lieux, je n’y étais pas disposé, non plus qu’à lire des livres plus neufs, des livres peut-être de gens de mon âge. Je me rabats sur l’histoire de mes folies, j’achète Rimbaud dans la plus belle édition, parce que depuis que je veux relire Rimbaud j’évite de le retrouver dans ma bibliothèque, les pages sont trop ternes, l’édition trop bon marché, les textes coupés sans ménagement. "La soif malsaine obscurcit mes veines!"

Voilà comment cela commence.

C’est merveille comme les impasses ne résistent pas, ma fièvre si peu contenue, la voix de cette femme imbécile dans l’ascenseur, je franchis la porte métallique, je la pousse si lourde et croise le regard d’un jeune homme de vingt ans, il habite rue de Grenelle, s’appelle Vincenzo, je le connais et il me nomme, nous ne nous sommes pas vus depuis plus d’un an. Nous marchons quelques minutes, lui vers son rendez-vous, moi vers l’Ecume des pages, je ne prendrai pas le métro comme d’habitude, je me perdrai un peu, c’est un instinct qui revient dans l’instant. Je ne pensais pas qu’il y eût des étudiants ni des chambres d’étudiants, le quartier n’est fréquenté que par des cravates, ombrelles l’été, fourrures l’hiver.  Il répond au téléphone, écourte la conversation disant qu’il est accompagné, cherche la rue des Canettes mais j’avais compris, à cause de son accent, rue des Quénettes. Il croit que je suis parisien, je le détrompe, nous parlons de Lille, nous parlons comme deux personnes qui se sont croisées quelquefois avec des amis mais n’ont jamais eu de conversation suivie. Il étudie l’art en France et la littérature en Italie, m’interroge sur la politique pour savoir si  je suis un compromis: je lui demande s’il est toujours avec C. Plus tard devant la cour de l’Ecole des Beaux-Arts je crois me souvenir qu’il y a quelque relique de Philibert Delorme, j’ai l’impression que c’est sur l’aile droite, ou j’ai la mémoire et le jugement obscurcis.

Les clichés de presque nuit, les marches de l’Institut de France, je me souviens y avoir entendu cette phrase, les pavés menus, les pavés s’avançaient menus, je roule des cigarettes faute de mieux, "Si rien avait une forme, ce serait cela" dit l’auteur, comme ces quelques vers à la dernière page du livre, que le duc d’Aquitaine écrivit il y a mille ans:

"Ferai un vers de juste rien:
Ne parlera de moi ni d’autres gens,
Ne parlera d’amour ni de jeunesse,
Ni de rien d’autre.
L’ai trouvé en dormant
Sur un cheval."

Ma posture est comique, nous sommes au mois d’août, les noms de rues deviennent alchimiques, telle cette impasse des Deux Anges, tel je fus parfois rêvé, tel on me caressa. Puis Renato m’interroge, folie des écrans: "Crois-tu que je pourrais écrire quelque chose de bien? Que fais-tu ce soir? Le monde n’est-il qu’un ensemble d’atomes?", à quoi je réponds: "N’écris pas quelque chose de bien mais quelque chose d’essentiel. Il n’y a que des atomes, c’est ça, mais quelle richesse combinatoire! Je m’assieds sur les marches de l’Institut de France pour noter quelques phrases, puis je rentre pour développer tout ça." Ma posture est comique.

Il me semble soudain qu’aimer c’est se reposer de soi.

Les traductions ne sont que des ombres, abstraitement des pis-aller. C’est pour cela qu’il faudrait qu’un jour enfin je parvienne à écrire des poèmes latins, des poèmes en prose latins. C’est amusant, en lisant l’Art poétique de Max Jacob, de deviner le désuet "Nous, poètes modernes". Il écrit: "L’insignifiance est le vice des mauvais poèmes d’esprit nouveau, mais la signifiance n’est pas la présence d’une idée." Et aussi: "Qui a compris une fois le vrai beau a gâté pour l’avenir toutes ses joies artistiques."

samedi, 07 août 2010

Aimez-vous Brahms..

Aujourd'hui je peux dire que je suis guéri: je refume. Pendant trois jours, l'idée du tabac m'a répugné. Je prépare à dîner, il y a même un dessert. Pendant ce temps, Lucien est au Rosa Bonheur, il fait un goûter, jusqu'à vingt heures. Hier soir il faisait de la danse de salon au Tangon, j'imagine avec l'équipe que j'ai découverte autour de lui il y a quelque temps au Divan du Monde. Laurent, avec qui j'ai été jury de bac théâtre il y a quelques années, m'envoie un mail, il a vu Venus et Adonis: "J'ai vu le petit spectacle d'Yves-Noël avec beaucoup d'intérêt: je lui ai trouvé une présence extraordinaire, je l'ai trouvé drôle et touchant." Renato n'a pas eu un seul client dans sa boutique aujourd'hui. Il doit arriver d'un moment à l'autre, je l'attends peut-être comme une femme de trente-neuf ans attend son jeune prétendant dans un roman de Sagan. Je sens l'Etoile très inquiète. Nous restons difficilement en équilibre. Je ne sais pas si c'est pire que d'habitude. Simon a vingt-cinq ans, les lèvres bien dessinées, mais des poignets fins d'adolescent. Anna Gavalda prend sa revanche, elle commande un Pouilly et s'apprête à lire des extraits de Sagan, y met le ton, préfère les entretiens aux fictions, prétend qu'il ne faut pas chercher à rencontrer ses maîtres. Le journaliste est gêné, ne répond pas aux attaques légères de la romancière, d'habitude exclue des programmes de France Culture.

Je me suis repenti hier: j'ai supprimé un paragraphe inutile de ma dernière note, je revenais sur cette idée de l'humeur, de la bonne humeur chère à Yves-Noël, et qui n'est pas dans ma logique, non que je préfère la mauvaise humeur ou me complaire dans le malheur. Je me souviens avoir décidé un jour, il y a longtemps, sans doute quand j'étais étudiant, que le bonheur m'était étranger, au sens où je n'y pense pas, je ne le cherche pas, je ne l'identifie pas, ne suis pas capable de le qualifier, de le décrire, je ne sais pas ce que c'est. A cette époque-là je pensais aussi qu'on ne pouvait pas être sincère, que la sincérité était un leurre, puisqu'il m'était impossible d'être sincère. Sur cette question les choses ont changé.

J'ai lu Aimez-vous Brahms.. entre hier soir et cet après-midi, comme un livre important qu'on lit enfin après avoir entendu des gens parler de son auteur pendant de longues heures. J'étais disposé à le lire, c'est d'une tristesse qui me convient, faite de résignations et d'espoirs passagers. La fiction me tente parce que je suis une girouette. Je vais lire d'autres romans de Sagan, pour voir jusqu'où elle va dans la subtilité du jeu narratif, le discours intérieur, l'ironie à peine sensible. Paule et Simon, c'est un peu Venus et Adonis, mais le jeune homme amoureux de la femme mûre, et la femme qui s'en défend. Elle n'est jamais décrite, on ne la perçoit, physiquement, que par des rides, des larmes, des robes décolletées ou compliquées, une main réglant le bouton de l'autoradio, des cheveux mêlés aux cheveux d'un autre.

Pour accompagner ma lecture j'aurais voulu écouter du Brahms mais je n'en ai pas, pas un seul cd, ce qui m'a étonné quand j'ai cherché la nuit dernière. J'écoute un à un des enregistrements de Jean-Chrétien Bach, qui me fait penser tantôt à son père, tantôt à Mozart, et aujourd'hui, dans sa musique sacrée, à Pergolèse.

mercredi, 04 août 2010

Aboulie

D'habitude je n'écris pas quand je suis malade, je suis rarement malade. Le médecin m'a conseillé de sucer des glaçons, le froid fait du bien quand on a une angine, alors je mange de la glace, il en restait dans le congélateur. Je passe la journée au lit, j'ai des suées, j'écoute France Culture, c'est presque toujours une émission sur Sagan. Depuis bientôt trois ans que je travaille à Paris, c'est la première fois que j'ai un arrêt maladie. J'ai quitté le bureau hier en début d'après-midi, je n'en pouvais plus, n'étais bon à rien. Je suis contagieux. AM est partie en vacances ce matin: elle n'aura passé que deux ou trois jours dans l'appartement, elle a garé sa moto derrière ma voiture dans le parking souterrain, et outre qu'elle roule en moto, elle fait des choses inhabituelles pour une fille: remplacer une ampoule, manipuler une perceuse... Renato voudrait qu'on se voie bientôt, il veut profiter du mois d'août, je le comprends, et je me sens tellement affaibli, aboulique, déjà la semaine dernière, quand nous passions, non pas la soirée, mais peut-être deux heures sur le Pont des Arts, vent violent, épais nuages aux ourlets roses, je lui avais fait subir une longue marche entre la rue de Grenelle et Saint-Michel, j'hésitais, nous revenions sur nos pas, j'étais déjà malade, mais c'était autre chose. AM a fait des allusions à une éventuelle cause psychologique de la maladie... Pour moi c'est évident: Yves-Noël m'a envoyé un sms avant-hier soir, je me suis donné la nuit pour répondre, pour savoir quoi répondre, me décider, m'écouter, et le lendemain je me réveillais avec ce mal violent. J'en ai profité pour demander au médecin une autre ordonnance, pour les MST, ça fait presque deux ans que je n'ai pas fait les tests, j'ai dit "J'ai des partenaires multiples, comme on dit, rapports protégés, mais parfois on se fait des frayeurs."

vendredi, 30 juillet 2010

Pont des Arts

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vendredi, 16 juillet 2010

Alternances

J'ai nettoyé la terrasse, le salon de jardin, chacune des quatre chaises rincée dans la baignoire, on a mangé une salade avant-hier à la tombée de la nuit, Renato rentrait épuisé de sa deuxième journée de stage, j'avais acheté des bougies chauffe-plat étrangement grandes, les voisins du dessus nous épiaient, on faisait comme si on ne les voyait pas, on se lançait des regards, et maintenant Clélie joue à distance avec une petite fille peut-être plus jeune qu'elle, Clélie sur la terrasse, passant régulièrement de l'autre côté de la barrière, se promenant dans le parc intérieur de l'immeuble, s'inventant un château sur un carré de béton, improvisant une chorégraphie en lançant de minuscules feuilles cueillies sur des arbustes, l'autre, assise au bord de la fenêtre, au premier étage, juste au-dessus de nous, épelant Shabbat et lui demandant si elle fait Shabbat, je réponds que non, je dis à Clélie que c'est une fête, Shabbat, la petite précise que non, ce n'est pas une fête, je corrige, c'est le jour du repos, le samedi.

La Bruyère: "Aux enfants tout paraît grand, les cours, les jardins, les édifices, les meubles, les hommes, les animaux: aux hommes les choses du monde paraissent ainsi, et j'ose dire par la même raison, parce qu'ils sont petits."

Le grand frère arrive, peignoir blanc, penché au balcon, fier, quelque chose tombe sur la terrasse, je ne sais lequel du frère ou de la soeur a laissé tomber ce qui ressemble à un suppositoire, Clélie rentre dans l'appartement, revient avec un balai, je lui dis que ça ne sert à rien, je vais chercher un mouchoir en papier pour prélever la chose gélatineuse, je ne sais plus ce que j'ai dit aux gosses, après le père est arrivé, s'est excusé, a dit que ça ne se reproduirait pas, j'ai expliqué que la terrasse était maintenant propre, que je changeais de colocataire, que maintenant on utiliserait la terrasse, qu'elle vivrait, il a répondu que c'était une bonne chose.

Plus tôt dans l'après-midi j'avais surpris une conversation entre Clélie et l'une des filles, une autre, plus grande, qui lui posait des questions sur moi, sur sa mère, Clélie expliquait la situation, le divorce, l'autre demandait avec qui je vivais, ne comprenait rien à la colocation, et Clélie finissait par dire que j'avais un amoureux, répondait à la fille, qui insistait, que je ne l'embrassais pas sur la bouche, mon amoureux, mais que je lui faisais des câlins, que sa mère ne le savait pas, non: je ne sais si je suis davantage inquiet que ma fille s'expose à la raillerie, admiratif de la simplicité avec laquelle elle parle de ma vie amoureuse, ou triste à l'idée de lui annoncer bientôt peut-être que je n'ai plus d'amoureux.

Clélie expliquait plus tard à la meilleure amie de ma nouvelle colocataire qu'elle faisait des alternances, disposant les triangles bleus, rouges, jaunes et noirs de façon à ce que la répartition des couleurs soit parfaitement homogène sur le petit support hexagonal en plastique. Ca m'avait étonné, la première fois qu'elle avait employé ce mot d'adulte, alternance, il y a quelques jours, en parlant des week-ends en alternance, expliquant très clairement que quand elle était avec l'un, l'autre lui manquait, et qu'il n'y avait pas de solution à cause du divorce. Dans son sac Marie-Antoinette, il y avait aussi le gros coquillage de Floride, et les images qu'elle avait eues à l'école, les images parce qu'on a bien travaillé, des animaux et des fleurs.

Avant de se coucher, elle inventait un voyage en bateau sur mon banc de musculation, chargé des trésors de la journée.

La Bruyère: "Les enfants n'ont ni passé ni avenir; et ce qui ne nous arrive guère, ils jouissent du présent."

J'avais lu quelques extraits pendant que Renato terminait un scoubidou que j'avais commencé. Il y a toujours de soi et des autres dans la lecture de La Bruyère, on y retrouve les faiblesses les plus répandues et les moins avouées, on s'y console: "Il ne faut quelquefois qu'une jolie maison dont on hérite; qu'un beau cheval, ou un joli chien dont on se trouve le maître; qu'une tapisserie, qu'une pendule, pour adoucir une grande douleur, et pour faire moins sentir une grande perte."

mercredi, 28 avril 2010

Impression de la couleur jaune

(Lu sur mon téléphone.)

[...] Je ne me pose plus la question, j'attends la surprise, à heure fixe. Disons, période fixe. Mais la tour, l'association, ce que je veux dire c'est que si tu n'as rien à répondre, tu ne réponds pas ou tu réponds, comme tu l'as fait, là. Ou alors tu me réponds, mais pas forcément répondre à ce que j'écris, tu écris ce que tu veux. Ou tu n'écris pas, tu choisis, selon ton humeur, ton envie. Tu réponds ce que tu as en tête par rapport à mon mail. Ou ce que tu as dans la tête, comme ça, sans forcément qu'il y ait un rapport avec mon mail. Tu fais comme tu veux donc, c'est libre. C'est selon toi, avant tout. Pas moi.

[…] je marchais entre la place de San Babila, je sortais juste du métro, et je me dirigeais vers la via del Conservatorio, la faculté. Bâtiment jaune. Jaune, la faculté. Il n'y a qu'en Italie qu'on voit des facultés jaunes. Derrière la faculté, ou à côté puisqu'il y a une salle qui est "perpendiculaire" à l'université, le conservatoire. L'aula 1, parallèle au conservatoire, qui lui même est parallèle à la faculté jaune, selon l'angle. Donc la faculté jaune, l'aula 1, et le conservatoire. Je me dirigeais vers la faculté jaune, à partir de la piazza San Babila, métro San Babila (venant moi même du viale Monza, métro Villa San Giovanni) […]

mardi, 20 avril 2010

Situation

Il y a plusieurs façons d'apprécier ce que tu écris...

La première est celle qui est concomitante au mouvement même de l'écriture, et si tu as cette impulsion, ce désir d'écrire, et si les mots se mettents à jouer sur des rythmes de 6, 8, 10, 12 (ou d'une autre manière), il y a une grande jouissance liée à la naissance d'une forme, mais ce plaisir du faiseur n'est pas un signe de qualité!

Deuxièmement, toujours dans le temps de l'écriture, j'ai (puisque c'est de mon expérience que je parle) la conscience de certains emprunts, connexions, allusions, effets, détours, etc. qui sont provoqués ou qui surviennent spontanément. Mais quand même, il y a cette conscience de l'intertexte, d'un positionnement par rapport à d'autres formes connues (et aussi par rapport à ce que j'ai fait auparavant et ce à quoi j'aspire dans l'écriture).

Troisièmement, il y a la lecture à froid, ou la lecture a posterirori, le lendemain, un an après... Parfois ça fait mal. Suppression, réécriture...

Et j'oubliais, pour ce qui me concerne, très souvent, juste après la publication, en lisant le texte à l'écran, sur la page du blog, des erreurs. Alors je me repens, plusieurs fois, j'y reviens, jusqu'au lendemain, et il y a un moment où ce n'est plus la peine d'agir, c'est fixé et c'est bien comme ça.

Le plus significatif pour moi, c'est une espèce d'équilibre entre la spontanéité de l'écriture et une canalisation formelle qui ne doit pas gêner le jaillissement des phrases (c'est-à-dire ne pas prendre trop de temps, ne pas trop occuper la réflexion, ne pas nuire à la nouveauté qui se présente...)

Je ne sais pas si ça répond à ta question...

D'autres évidences pour moi: ne garder que ce qui me paraît profondément juste (juste: terme musical et moral...). Ne pas juger, rester factuel le plus possible, objectif, produire des textes objectifs ou plutôt objectaux (mais le mot m'embête, avec ses connotations psychanalytiques).

Tu écris, tu as envie d'écrire, tu tournes autour, c'est bien de toute façon! Il faut que tu trouves ta maturité, ton propos, que tu te situes, dans la littérature et dans le monde surtout (de bien grands mots, mais écrire c'est ça, sans aucun doute, ce n'est pas juste écrire dans son coin de petites choses pour faire joli ou pour se faire plaisir). Que tu trouves ta langue, ta langue à toi dans la langue commune.

Sinon, c'est vrai que j'ai "honte", comme tu dis, de mes premiers blogs, mais c'est aussi lié à mon histoire personnelle. C'était une écriture travestie, et ce n'est plus comme ça que j'écris. Enfin, je ne généralise pas, j'ai publié Lacrimae Christi sur mon blog actuel.

Tiens, au fait, sitio!, nouvelle idée, après avoir lu une conférence du Collège de France sur Barthes. Sitio = "j'ai soif" en latin (dernière parole du Christ en croix). Mais aussi: lieu, endroit, site.

Pour le reste... le reste... Mon week-end m'a fait du bien:

Etretat - lieu symbolique pour moi

Ecriture fabuleuse (la fable, les clés, Barbe-Bleue, t'en souvient-il?)

Peurs diverses

Poèmes de Houellebecq

Nouvelles chansons (une par jour, j'espère, pour une semaine de la création)

Douche pénétrante dans un sauna

Lecture de cette conférence (éclairante) sur Barthes (éclairante sur moi!)

Découverte de Pierre Molinier (photographe travelo)

Magnifiques photos de Bettina Rheims dans son expo à la BNF

Quelques sms échangés avec Yves-Noël, mais il ne faut pas qu'on se voie en ce moment

Début d'un long texte, que j'écris sur un carnet, mais que je vais peut-être réécrire, on verra...

Massage thaïlandais (une première)

Veille dans la nuit de dimanche à lundi (je ne me suis pas couché, j'ai fait une chanson)

Au final, ça va plus ou moins...

YN dit sur son blog que c'est compliqué entre nous en ce moment, en s'adressant à Nicolas Maury... Je n'ai pas lu tout ce qu'il a écrit, j'ai lu en diagonale, et plus précisément certains passages. YN, c'est peut-être le journal "à mort" que rêve Barthes, pour qui l'écriture d'un journal n'a d'intérêt qu'à condition d'y "travailler à mort".

C'est compliqué, et de fait c'est rompu, quelque chose est cassé. Je ne sais pas encore si ça peut être pansé, ni comment. D'où la solution de l'amour imaginaire, qui m'est venue en relisant Laborit à Etretat.

[…]

mercredi, 17 mars 2010

Tags

Renato m'a envoyé une capture d'écran de la page d'archives de mon blog.

Pour remixer une chanson, ce soir, j'ai recherché les indications d'Yves-Noël dans un mail du mois de février, qui disait aussi...

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