vendredi, 24 avril 2009
An die Musik
vendredi 24 avril 2009/Rainer Maria Rilke, trois traductions
À LA MUSIQUE
Musique : respiration des statues. Peut-être :
silence des tableaux. Ô langue où les langues
finissent. Temps vertical
perpendiculaire à la ligne de fuite des cœurs.
Sentiment vers qui ? Ô toi, métamorphose
des sentiments en quoi ? — : en partage audible
Toi l’étrangère : musique. Surgeon sorti de nous,
cœur espace. Être le plus intime
qui nous surpassant, s’affranchit, —
adieu sacré ;
quand l’intérieur nous encercle
tel l’horizon le plus exercé, l’autre
versant de l’air :
pur,
gigantesque,
inhabitable.
Rainer Maria Rilke, Œuvres poétiques et théâtrales, édition publiée sous la direction de Gérald Stieg, traduction de Marc Petit pour ce poème, La Pléiade, Gallimard, 1997, p. 1025.
À LA MUSIQUE
Musique : souffle des statues. Ou bien :
silence des images. Parole où la parole
cesse. Temps perpendiculaire
au naufrage des cœurs.
Sentiments, mais pour qui changés ?
En quoi ? En paysage pour l’ouïe.
Musique, ô étrangère. Ô espace du cœur
soudain trop grand pour nous. Intimité
qui nous surpasse pour sortir,
adieu sacré ;
puisque l’intime nous entoure
comme lointain très exercé, comme versant
autre de l’air ;
pur,
énorme,
inhabitable désormais.
Rainer Maria Rilke, Poèmes épars, 1907-1926, choisis et traduits par Philippe Jaccottet, dans Œuvre II, Poésie, édition établie et présentée par Paul de Man, Le Seuil, 1972, p. 435.
Contribution de Tristan Hordé
Voici aussi le début du poème, relevée dans le livre de Thierry Martin-Scherrer, l’Exil musical. Poezibao est à la recherche de l’auteur de cette traduction et de sa source exacte (éditeur, année, folio)
Musique : haleine des statues. Peut-être :
Silence des images. Tu es parole là où les paroles
finissent. Toi temps
planté à la verticale de la direction des cœurs passants.
pour qui ces sentiments ? O toi sentiment changé en quoi ?
– en paysage audible.
Toi étrangère : la musique. Toi qui nous fait sortir de l’espace du cœur.
Au plus intime de nous, nous dépassant et nous poussant hors de nous :
adieu sacré :
là en nous l’intérieur nous assiège
comme lointain le plus balisé,
comme l’autre versant de l’air
pur,
immense,
inhabitable désormais.
Version originale du poème :
AN DIE MUSIK
Musik: Atem der Statuen. Vielleicht:
Stille der Bilder. Du Sprache wo Sprachen
enden. Du Zeit
die senkrecht steht auf der Richtung
vergehender Herzen.
Gefühle zu wem? O du der Gefühle
Wandlung in was?— in hörbare Landschaft.
Du Fremde: Musik. Du uns entwachsener
Herzraum. Innigstes unser,
das, uns übersteigend, hinausdrängt,—
heiliger Abschied:
da uns das Innre umsteht
als geübteste Ferne, als andre
Seite der Luft:
rein,
riesig
nicht mehr bewohnbar.
Rainer Maria Rilke naît à Prague (de parents allemands) le 4 décembre 1875. Sa mère voulait l’élever en fille et son père lui a imposé d’entrer (en 1886) dans une école miliaire, pour devenir l’officier qu’il n’avait pu être. En 1891, il entre à l’École supérieure de commerce de Linz et, la même année, compose des poèmes de Leben und Lieder (« Vie et chansons ») qui sera publié en 1894. Il entre à l’Université de Prague en 1895, en littérature, philosophie et histoire de l’art, qu’il quitte en 1896 pour s’inscrire à Munich. Ensuite, retournant régulièrement à Prague, il voyage les années suivantes en Italie, en Allemagne, en Russie. Parallèlement, il publie proses et poèmes. Il rencontre Lou Andreas-Salomé en 1897 dont il s’éloignera en 1901, année de son mariage avec Clara Westhoff. Il vient à Paris en août 1902 et y rencontre Rodin. En 1903 il renoue avec Lou Andreas-Salomé et s’installe à Rome pour plusieurs mois. Il vit en Scandinavie une partie de l’année 1904 et, l’année suivante, accepte la proposition de Rodin de vivre chez lui à Meudon : il y restera presque un an. Il continuera à voyager en Europe, visitera l’Afrique du nord en 1910 et l’Égypte en 1911, ne demeurant que quelques mois à Duino en 1911, mais il finit par s’installer définitivement en Suisse en 1921. Après plusieurs séjours (1923, 1924) en sanatorium dans le pays de Vaud, il y meurt le 29 décembre 1926.
Rilke dans Poezibao :
bio-bibliographie, extraits 1, notes sur la poésie, nouveaux poèmes suivi de Requiem (parution Points), 5 traductions du début de la 1ère élégie de Duino
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