lundi, 21 mai 2012

Je fais vœu désormais...

Le dîner s’était prolongé dans la nuit, les élégantes avaient pris congé vers une heure du matin et aussitôt des rails de poudre blanche s’étaient formés sur des boîtes de CD en plastique, grossièrement tracés au moyen d’un Pass Navigo — une carte de transport en commun utilisée en Île-de-France. Ainsi allait le commerce des hommes: de nombreuses trajectoires s’inventèrent qui, de conversations tendues en conseils amicaux, nous menèrent insensiblement au lever du jour, jetés dans la rue vers cinq heures du matin, un garçon de café ironisant "Paris s’éveille", nous servant sur une terrasse quelconque près de la Place de Clichy, tandis que nous attendions que la ville s'animât — nous n’étions plus que deux car E***, qui détestait assister au lever du jour et n’avait pas supporté l’extinction des réverbères tandis que nous avancions sur l’avenue de Clichy, s’était claquemuré dans le premier taxi qui avait réagi à sa danse de sémaphore. Nous avions marché une demi-heure environ, j’avais reconnu des endroits où j’étais déjà passé, telle la station Guy Môquet qui me rappela un amour envolé mais déposé sur ce blog dans les pages de septembre 2008 — j’ai un souvenir assez précis de tout ce que j’ai consigné ici. S’il est nécessaire de rassurer mon lecteur inquiet, je précise que je n’ai pas pris de drogue, si ce n’est une quantité déraisonnable de cigarettes. 

[Le mot "rail" est apparu dans la langue française en 1817 avec le sens d’une "bande de métal servant de guide et de support aux roues d'un train". Il est emprunté à la langue anglaise, mais l’anglais "rail" est lui-même issu de l’ancien français "reille" qui signifie "barre de porte, barre, barrière", du latin "regula". Rail: règle.]

Jeudi 4 septembre 2008: "Benoit, béni Benoit, Saint Benoit, qui es-tu, aux parfums de Russie, je ne te connaissais pas, les mots tournaient rue Guy Môquet, il y avait un drôle de café aux couleurs de fruits, je me promenais avec Le Piéton de Paris et je lisais un texte sans inspiration ni intention, et tu me demandais en m'offrant un verre, et tu souriais, et je ne sais même pas la couleur de tes yeux, je ne sais que leur lumière comme flammes jumelles balancées aux souffles de cigarette et de vin rouge biologique, tu me demandais, et sur le trottoir gravé de fatigues les derniers clients s'attardaient en rires de fin de soirée, je ne sais plus ce que tu me demandais, puis tu courais au vent frais de la nuit, et tu volais au-dessus des passages piétons et les voitures et les scooters s'arrêtaient, ta veste d'équitation aux boutons dorés, vaguement ouverte sur ton cœur effaré, nous courions rue Guy Môquet un soir de septembre." Cette histoire avait duré deux ou trois jours. Il pourrait sembler exagéré de parler d’une histoire d’amour, mais il suffit de le décider, et nous le fîmes, Benoit et moi, en nous séparant, une nuit, au téléphone, à chaudes larmes. Je l’avais rencontré sur internet, nous avions passé une nuit ensemble, il était étudiant à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, vivait dans un petit studio dans le 17e arrondissement, m’avait donné en cadeau d’adieu une ballade de Vanessa Paradis. Toutes mes rencontres sur internet se sont terminées dans les larmes, le drame, la colère parfois. Récemment, la haine.

Ce poème en prose que j’appelai naïvement "Bénédiction" est un exercice de style dont j’ai pu être assez fier, mais en le relisant, et en le publiant à nouveau, ne me vient à l’esprit que la formule de Michaux: "Qui je fus". Je fus celui-là mais ne le suis plus. Tout ce qui est écrit là est exact: c’est l’exacte transcription de ce que mon imagination, dans les limites de ses pauvres facultés, fut capable de projeter une nuit de septembre, pour transformer un échec amoureux, une histoire apparemment minuscule, en poème de pacotille. Je me souviens plus du temps passé à peser la syntaxe de cette longue phrase que du malheureux Benoit qui me quitta presque aussitôt qu’il m’eut rencontré. A la différence de la "passante" de Baudelaire, mon jeune amant avait un nom: il s'appelait Benoit et le poème s'appela naturellement "Bénédiction". Et mon effort pour feindre de croire que comme dans le fameux poème, le regard de cette "fugitive beauté […] m’a[vait] fait soudainement renaître"… "Un éclair [points de suspension…] puis la nuit [point d’exclamation!]"...

A la terrasse d’un autre, nous écoutâmes hier une émission littéraire dont Olivier était l’un des invités. C’était une transmission différée, si bien que je l’entendais par mes écouteurs alors qu'il se tenait silencieux à côté de moi, lui-même attentif à ses propos enregistrés, constatant que certains passages avaient été coupés, et s’étonnant parfois de ce qu’il avait dit. Une connaissance nous surprit en nous saluant: "Ça a l’air efficace au niveau de l’interpénétration entre vous." Olivier griffonna quelque chose sur mon carnet bleu. Manière de règlement de compte — la connaissance est un ex. Je notais moi aussi quelques expressions des invités de l’émission. Olivier: "J’ai beaucoup de mal à faire ça: Il était une fois." Une autre invitée qui, m’apprend la Pythie de Moutain View (délicieuse périphrase d’Antoine Compagnon désignant le barbare Google), "poursuit la rédaction d'une thèse sur la sexualité des jeunes gays et lesbiennes à l'Observatoire sociologique du changement", rejetant l’école de l’autofiction dont Olivier se sent proche: "J’ai beaucoup plus confiance dans l’exubérance de l’imagination".

Plus tard j’achetai une robe pour Clélie au Disney Store des Champs-Elysées puis, cherchant en vain Romance nerveuse dans les rayonnages désordonnés du tout proche Virgin Megastore, je demandai à une vendeuse s’il lui restait des exemplaires. Elle alla dans la réserve du magasin et m’en trouva un dans l’édition de poche. Ouvrant le livre, j’y trouvai une citation de Mallarmé en épigraphe, qu’Olivier m’avait envoyée dans un sms: "Tout âme est un nœud rythmique." Je m’étais répété plusieurs fois cette phrase, contemplant sa densité, perdu dans l’abîme millénaire du mot "âme", me demandant quelle était son âme, et quelle la mienne. Dans la nuit nous nous interpénétrâmes. Dans la journée nous lîmes. Luc Lang conclut un livre sur la fiction par une citation de Louis-René Des Forêts: "Là où la fiction se substitue au réel, le climat devient moins pesant, la vision plus large, l’être y respire enfin dans son élément et retrouve sans effort une liberté de mouvement qui le porte, se jouant des contraintes, au sommet de ses capacités inventives, sources elles-mêmes de vérité, pour autant que par une sorte de transmutation il fait de l’imaginaire son domaine inaliénable."

Olivier feuillette le seul classeur de cours que j’aie gardé. Année scolaire 2005-2006. Il y a La Seconde semaine ou enfance du monde de Guillaume du Bartas ("O père sans enfans! O père miserable! / O reins par trop féconds! O race dommageable! / O gouffres inconnus, or pour moy descouvers! / O naufrage du monde! O fin de l’Univers! / O ciel! O vaste mer! O terre non plus terre! / O chair! Sang!"), Le Théâtre des divers cerveaux du monde, auquel tiennent place, selon leur degré, toutes les manieres d’esprits & humeurs des hommes, tant louables que vicieuses, déduites par discours doctes & agréables, Les Contes de Perrault, Peau d’âne de Christine Angot, les Salons de Baudelaire et Dans la solitude des champs de coton. Il photographie une page manuscrite — c’est le corrigé d’une question d’analyse sur un sonnet de Ronsard qui se termine ainsi:

Puisse avenir qu'un poète amoureux,
Ayant pitié de mon sort malheureux,
Dans un cyprès note cet épigramme :

CI-DESSOUS GÎT UN AMANT VANDÔMOIS,
QUE LA DOULEUR TUA DEDANS CE BOIS
POUR AIMER TROP LES BEAUX YEUX DE SA DAME.

Olivier lit sur mon blog d'anciennes notes, des poèmes où je contais mes rencontres nocturnes, ici et . Plus tard, il publie sur le sien la photographie d'une page, un sonnet de Théophile de Viau, expression crue, rimes cyniques comme le repentir final où le poète règle sa conduite:

Phyllis, tout est foutu, je meurs de la verolle,
Elle exerce sur moy sa derniere rigueur:
Mon Vit baisse la teste et n’a point de vigueur,
Un ulcère puant a gasté ma parole.

J’ai sué trente jours, j’ai vomi de la colle;
Jamais de si grands maux n’eurent tant de longueur:
L’esprit le plus constant fût mort à ma langueur,
Et mon affliction n’a rien qui la consolle.

Mes amis plus secretz ne m’osent approcher;
Moy-mesme, en cet etat, je ne m’ose toucher.
Philis, le mal me vient de vous avoir foutue!

Mon Dieu! je me repens d’avoir si mal vescu,
Et si vostre courroux à ce coup ne me tuë,
Je fais vœu désormais de ne foutre qu’en cu!

mardi, 21 septembre 2010

Quatrième nuit

Maintenant que tout le monde est photographe, on s’immortalise au milieu des vieilles pierres, les appareils numériques ne craignent pas la nuit et s’adaptent aux lumières orangées des projecteurs, élucideurs de mystères: on voit bien que le Pavillon de l’Horloge a quelque chose d’incongru, par ces empilements boursoufflés inconnus de la Cour Carrée. Une statue à la mode Renaissance, dans l’esprit troubadour qu’on affectionnait au dix-neuvième siècle, prolonge un pilastre cannelé au chapiteau composite: c’est Jean Goujon, auquel le Second Empire rendit hommage, comme à quantité d’autres protestants animant les ailes de la Cour Napoléon. Sous un arc, le N impérial, et de part et d’autre du porche, des œils de bœuf, dont les membres charnus de nymphes allégoriques épousent le cercle: l’Art Antique et la Renaissance s’entreregardent dans l’immobilité d’une pierre restaurée sans doute. C’était originellement une pierre très tendre qui permit d’achever les grands travaux en cinq ans, mais bien vite le gel hivernal fit éclater la couche de silicate dont l’architecte, pensant le protéger durablement, avait fait recouvrir le calcaire oolithique. Napoléon III inaugura l’immense palais le 14 août 1857, soit moins de deux mois après la publication des Fleurs du Mal, que Baudelaire avait mis seize années à composer. La Pyramide où se massent les passants semble ainsi une excentricité au milieu d’une autre plus vaste, et pourquoi ne pas s’y adonner, la nuit tombée, à des poses touristiques, consignes futures des amours, des rires, des conversations italiennes qui résonnent par ici? Je me demande si quelqu’un enregistre le chant du violoncelle qui s’élève en lentes vibrations de sous la pénombre du porche, et qui m’attira premièrement. Je ne sais ce qu’il mouline, je ne connais pas tous les répertoires, je doute parfois s’il s’agit d’une suite classique ou d’une affreuse mélodie contemporaine, d’un goût aussi incertain peut-être que les façades impériales.

En recomposant ces impressions, je me souviens d’un poème de Ronsard, mais d’abord ces quelques vers d’un autre, où il se reconnaît dans la figure d’une déesse aux joues enflées, s’adressant à Pierre Lescot, en qui il trouve son égal:

Et pour cela tu fis engraver sur le hault
Du Louvre une déesse, à qui jamais ne fault
Le vent à joüe enflée au creux d’une trompette,
Et le montras au Roy, disant qu’elle estoit faicte
Expres pour figurer la force de mes vers,
Qui comme vent portoyent son nom par l’univers.

L’autre poème est un conte plaisant: Marguerite de Valois marchait la nuit dans la cour du château, Amour l’aperçut, fatigué d’une longue course céleste, la rejoignit aussitôt, tellement ravi par sa beauté qu’il fondit dans son œil, afin d’être tout près de sa nudité à l’heure de se déshabiller. La réalité, c’est le vertige de ces comparaisons, c’est comparer l’incomparable quand la terre a fait mille révolutions: Marguerite plus proche dans la fiction du poète que les belles étrangères dans l’objectif des caméras, le froissement d’une robe sombre plus audible, et les pas mesurés sur la dalle, ou le souffle inquiet, plus admirables que le spectacle apaisé des promeneurs de cette fin d’été. Une jeune fille s’assied assez près de moi pour que je perçoive sa rêverie, ou la feinte d’une rêverie, trop loin cependant pour autoriser une conversation. Quand elle se lève, j’observe son teint blanc et sa chevelure rassemblée en une épaisse natte blonde, rabattue sur le devant de l’épaule droite.

Je quittai moi aussi le parapet où j’avais pris quelques notes, je continuais d'examiner tout ce qui s'offrait à mes regards, et j'allais insensiblement, sans penser à mon chemin.

[…]

mercredi, 07 juillet 2010

Sans titre

"Ces images de la matière, on les rêve substantiellement, intimement, en écartant les formes, les formes périssables, les vaines images, le devenir des surfaces. Elles ont un poids, elles sont un cœur."

Gaston Bachelard, L’eau et les rêves

Le texte qui suit a été écrit entre le 21 et le 29 mai. Je n'en recopie que les premières pages. Il commençait par un poème de Houellebecq:

C’est notre vie, c’est notre mort
Qui se dessinent sur les réseaux
La ville nourrit ses bourreaux
Et le dégoût emplit nos corps.

Expériences inarticulées
J’achète des revues sexuelles
Remplies de fantasmes cruels
Au fond, il faut éjaculer

Et s’endormir comme une viande
Sur un matelas défoncé
Enfant, je marchais dans la lande
Je cueillais des fleurs recourbées
Et je rêvais du monde entier
Enfant, je marchais dans la lande
La lande était douce à mes pieds

Dans certains recueils de ma bibliothèque, dans certains poèmes: le recueillement, instinctivement la reconnaissance d’une terre commune, comme ici le rêve "du monde entier", et la lande "douce à mes pieds", le poème agencé comme un tout microcosmique où le trop de réalité s’achève sur un "matelas défoncé", puis c’est un rêve à l’imparfait, puis le contact avec le sol où l’essentiel est dit. Dans ma petite vie d’homme, dans la succession des générations jusqu’à cet homme imprévu qui est moi, il y a ce contact avec le sol, la terre brune que j’apprenais à retourner, les mauvaises herbes piégées dans les mottes de terre qu’on retournait au soleil, racines encore fraîches crûment exposées à la surface du jardin. On connaissait les vers, les fourmis, les araignées, les criquets, les papillons, et ces guêpes qui se construisirent un nid en mâchant les vieux livres de mon père remisés dans une baraque de fortune. Adolescent, je peignais des arbres poussant dans des immeubles, composais des valses orientales, regardais vers l’Afrique dans les pages d’une épopée de quatre sous. Un jour, j’étais adulte, des fleuristes me firent visiter leur maison: au milieu du salon, un mimosa, et en son sommet, un enchevêtrement d’aluminium et de verre.

Les fleurs de rhétorique, le jardin poétique, les va-et-vient des métaphores premières, sursauts inaliénables au goût amer des racines de l’écriture, et les frondaisons insoumises, les accidents des saisons, tout le cosmos convoqué dans la fécondation du sol:

Dans un sablon la semence j’épan:
Je sonde en vain les abymes d’un gouffre:
Sans qu’on m’invite à toute heure je m’oufre:
Et sans loyer mon age je dépan.

Vivre comme cela, au gré de ma semence répandue, me rappeler que le temps ne veut rien dire hors les métamorphoses saisonnières, chercher sous les masques de l’art la matière des hommes, la complète matière des hommes, comme tous les mots de toutes les langues veulent remonter tous les fleuves jusqu’à la source des premières larmes du monde. Ainsi dans la langue du poète il y a ce souvenir, et la conscience effarée des générations successives, et le tressaillement des mots du poème, la passion de l’instable matière, l’inquiétude, l’intranquillité qui fissurent quotidiennement le masque de ma vie. Souvent je pense à cette phrase de Sylvie, celle dont le nom suggère la forêt des rêves: "Il faut songer au solide". Mais dès que c’est possible je m’échappe, et je ne pense pas que je m’échapperais davantage ou mieux si j’avais une fortune et que j’arrêtais de travailler: je serais aspiré par d’autres obligations, d’autres faux besoins, je serais autrement aliéné. Ce qu’il faudrait, c’est solder mes crédits, faire des économies pour payer une dernière année d’impôts, me mettre en règle avec mes bourreaux et disparaître, m’enfuir pour de bon. Or, dans les bornes étroites de mes heures d’étude, j’ouvre des livres souvent au hasard, et dans la tristesse bon marché d’une épaisse anthologie des humanistes européens de la Renaissance, je découvre le récit d’un homme qui abandonna sa femme et ses fils pour vivre au désert où il s’imposa un jeûne de plus en plus rigoureux jusqu’à se priver totalement de nourriture, et ce pendant vingt-deux ans. "Les anges ne mangent ni ne boivent." Je reste dans la rêverie de cette note de bas de page: "Dans l’angélologie de Bovelles, l’ange est assimilé à l’acte pur."

Je tâche de prolonger ces digressions comme si chaque phrase menaçait d’être gagnée par le sommeil du monde, comme chaque jour il me manque d’être capable d’écrire des vers latins, comme je découvre chez Bovelles cette analogie où s’abîmer: "L’animal est un petit monde, comme le monde est une sorte d’animal, ainsi donc tout ce qui se produit chez un animal se produit également dans le monde, et dans les mêmes rapports; et le monde, tout comme l’animal, passe par les phases changeantes du sommeil et de la veille; et l’un comme l’autre connaissent deux sortes de sommeil et de veille…" Comment croire toujours que le déchiffrement des poèmes me tiendra lieu d’aliment, et que sans art je continuerai de perdre l’imperfection de ma pensée dans les analogies de ma bibliothèque affective: dans une conférence sur la métaphore, Borgès commentait des vers anciens, je lisais deux chapitres comme par discipline amoureuse et pour prolonger les quelques heures passées dans le lit amoureux, l’amoureux parti loin déjà, je ne le reverrai pas avant longtemps:

"J’aimerais être la nuit pour observer ton sommeil avec des milliers d’yeux."

Mon inquiétude est dans mes poèmes. J’ai du réconfort dans les livres. J’aime reconnaître ce qui meut mon écriture. Souvent je m’absente, souvent j’écris dans cet état qu’on pourrait qualifier d’absence. Les mots abstraits sont les plus menteurs. Ma vue n’est ajustée qu’à moi. Mais toi, quelle est ta surface, quel est ton tréfonds est-ce que les jours te glissent sur l’âme, as-tu le courage des fleurs qui repoussent plus belles après la coupe, as-tu peur de ma matière, parles-tu souvent aux inconnus, parles-tu la langue des pauvres, lequel de tes prénoms me donneras-tu, rêves-tu comme rêvèrent tes ancêtres, écartes-tu sans arrière-pensée les lèvres de l’amour…