mercredi, 26 octobre 2011
Des moires ondulaient sur cette masse rouge
Les vieux édifices ont quelque chose d’incongru dans ce pays – à chaque poète son village et son clocher.
Son universelle, sa commune exception.
Je suis à Aubry pour quelques jours avec Clélie. Hier soir j’ai trouvé le site d’un photographe amateur du coin, Sylvain Galès. Je ne mets qu’une image ici, grâce à une capture d’écran. Les photographies sont protégées, on ne peut pas les enregistrer, je n’abuserai donc pas (mais il faut voir le vieux moulin, la chapelle Malplaquet, l’église de Petite-Forêt).
Des optiques de qualité et un traitement low-key vous campent un drame dans l’épais dessin des nuages et jusqu’au ras du sol où ce chemin de terre et cette route dessinent une fourche et font tellement sentir la présence du photographe.
Les ballots de paille me rappellent ceux de mon enfance dont j’admirais la régularité le long des routes, et maintenant ceux de Bouvard et Pécuchet qui disparaissent dans une combustion spontanée: "La chaleur des meules devint si forte qu’on ne pouvait plus en approcher. Sous les flammes dévorantes la paille se tordait avec des crépitations, les grains de blé vous cinglaient la figure comme des grains de plomb. Puis, la meule s’écroulait par terre en un large brasier, d’où s’envolaient des étincelles…". La suite, plus belle encore, vaut pour elle seule: "…; – et des moires ondulaient sur cette masse rouge, qui offrait dans les alternances de sa couleur, des parties roses comme du vermillon, et d’autres brunes comme du sang caillé. La nuit était venue; le vent soufflait; des tourbillons de fumée enveloppaient la foule; – une flammèche, de temps à autre, passait sur le ciel noir." Cette beauté se résout et se réduit en une chute comme on en trouve à chaque page chez Flaubert: "Bouvard contemplait l’incendie, en pleurant doucement. Ses yeux disparaissaient sous leurs paupières gonflées; – et il avait tout le visage comme élargi par la douleur." Puis un vieux ramasse des brins incandescents pour allumer sa pipe et des enfants se mettent à danser.
On a regardé plusieurs épisodes des Shadoks aujourd’hui, de la genèse à cette géniale satire de la campagne présidentielle de 1965:
Vous me choisirez
Car je suis je
Je suis moi
Et le seul qui le soit.
Je défie, ici,
Mes adversaires
De me prouver le contraire.
Symbole du haut
Dans le bas
De l’avant dans l’arrière
Symbole
De l’unité
Dans la diversité
Et réciproquement.
[Acclamations]
Car je suis ni trop dur
Ni trop mou
Bien au contraire!
Donnez-moi votre confiance
Et je promets
De faire tout ce qui est en mon pouvoir
Pour que votre avenir
Soit devant vous
Et qu’il y reste.
[Acclamations]
Vive les Shadoks,
Vive moi,
Vive la…
[C’est tout pour aujourd’hui.]
Lien permanent | Tags : aubry, bouvard et pécuchet, shadoks, sylvain galès |
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