samedi, 04 septembre 2010
Nous allons en avant à vau-l'eau
N'estant bourgeois d'aucune ville, je suis bien aise de l'estre de la plus noble qui fut et qui sera onques. Si les autres se regardoient attentivement, comme je fay, ils se trouveroient comme je fay, pleins d'inanité et de fadaise: De m'en deffaire, je ne puis, sans me deffaire moy-mesmes. Nous en sommes tous confits, tant les uns que les autres. Mais ceux qui le sentent, en ont un peu meilleur compte: encore ne sçay-je.
Ceste opinion et usance commune, de regarder ailleurs qu'à nous, a bien pourveu à nostre affaire. C'est un object plein de mescontentement. Nous n'y voyons que misere et vanité. Pour ne nous desconforter, nature a rejetté bien à propos, l'action de nostre veuë, au dehors: Nous allons en avant à vau l'eau, mais de rebrousser vers nous, nostre course, c'est un mouvement penible: la mer se brouïlle et s'empesche ainsi, quand elle est repoussée à soy. Regardez, dict chacun, les branles du ciel: regardez au public: à la querelle de cestuy-là: au pouls d'un tel: au testament de cet autre: somme regardez tousjours haut ou bas, ou à costé, ou devant, ou derriere vous. C'estoit un commandement paradoxe, que nous faisoit anciennement ce Dieu à Delphes: Regardez dans vous, recognoissez vous, tenez vous à vous: Vostre esprit, et vostre volonté, qui se consomme ailleurs, ramenez là en soy: vous vous escoulez, vous vous respandez: appilez vous, soustenez vous: on vous trahit, on vous dissipe, on vous desrobe à vous. Voy tu pas, que ce monde tient toutes ses veuës contraintes au dedans, et ses yeux ouverts à se contempler soy-mesme? C'est tousjours vanité pour toy, dedans et dehors: mais elle est moins vanité, quand elle est moins estendue. Sauf toy, ô homme, disoit ce Dieu, chasque chose s'estudie la premiere, et a selon son besoin, des limites à ses travaux et desirs. Il n'en est une seule si vuide et necessiteuse que toy, qui embrasses l'univers: Tu és le scrutateur sans cognoissance: le magistrat sans jurisdiction: et apres tout, le badin de la farce.
Montaigne, Les Essais, "De la vanité"
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dimanche, 21 février 2010
Vanité
Cher Monsieur,
Je suis la personne qui au sein de l'APA suit plus particulièrement l'écriture en ligne.
A ce titre Philippe Lejeune m'avait transmis votre mail et les coordonnées de votre blog, intéressant à bien des points de vue et sur lequel j'ai musardé pendant quelque temps.
Comme vous le savez peut-être l'APA collabore avec la BNF pour contribuer à l'archivage des écritures du moi sur internet. Vous trouverez à l'adresse suivante des précisions sur cette collaboration:
http://fonds.sitapa.org/ecriture-en-ligne/index.php
Votre site me semblait avoir toute sa place dans cet archivage.
Je suis en train de constituer la liste pour la prochaine collecte et souhaitais vous y intégrer. Mais je constate que votre blog est désormais protégé par mot de passe.
Les blogs privés ne rentrent naturellement pas dans l'archive. Cependant si vous souhaitiez néanmoins cet archivage cela est possible, il suffirait de désactiver votre protection le temps de la collecte. Le travail du moteur d'archivage est prévu vers fin mars, début avril. Je pourrai, si vous êtes intéressé, vous indiquer de façon plus précise la date afin de limiter au maximum le temps où vous ouvririez à nouveau votre blog.
J'ajoute qu'à titre personnel je serai intéressé à avoir votre code d'accès pour vous visiter quelquefois. Naturellement je m'engage à ne le transmettre à personne et à ne pas vous citer dans une quelconque publication ou intervention sans votre accord explicite.
Bien cordialement
BM
Bonjour,
D'abord merci pour cet intérêt, et, disons, cette solution. En effet, j'ai verrouillé mon blog il y a quelques semaines, principalement parce que mes nouvelles fonctions d'encadrement au sein d'un ministère m'ont fait penser que certains de mes textes pourraient susciter des réactions négatives, s'ils venaient à être lus dans mon entourage professionnel. C'est tout le problème du statut des blogs, de leur diversité, et de leur réputation en général, surtout quand on touche à l'autobiographie. Je dis solution parce que votre proposition d'archivage est pour moi la caution (institutionnelle) qui me manquait, et qui m'incite à ouvrir à nouveau mon blog.
Bien cordialement,
Pierre Courcelle
dimanche, 30 août 2009
Vanité (triptyque, 2009)
Le plat du jour
L'angle de vue est celui d'un homme de taille moyenne qui se tient debout: on domine la nature morte, on est dans un contexte quotidien, la photographie est prise, mais elle aurait aussi bien pu ne pas l'être, affaire de hasard et de spontanéité. Plusieurs objets: un mug vide avec un anneau brun et un dépôt assez dégoûtant au fond (un café au lait qui serait resté longtemps dans le mug, aurait refroidi, et le dépôt de la peau du lait, comme on oublie son café quand on répond à un appel téléphonique ou qu'on part rêver dans une autre pièce), une petite cuillère très fine, une boîte de conserve vide et propre de très petite taille, une autre boîte de conserve de forme rectangulaire, également propre, son couvercle recourbé (on devine une boîte de sardines). Enfin, une cartouche de cigarettes Marlboro, entamée, une partie du papier d'emballage est froissée, "Fumer provoque des maladies de peau".
Le puzzle
Vue en plongée: verre d'eau posé et ombre diffuse portée sur une surface en bois sombre, sans doute une table ou un plan de travail dans une cuisine, près d'une fenêtre, mais sans soleil direct. Dans le verre, un glaçon en train de fondre, forme régulière, on devine une pièce de puzzle à cause du titre, mais les contours sont déjà bien entamés.
La nouvelle déco
Un angle: deux murs et un plafond. Les objets sont disposés sur une planche en bois clair, vraisemblablement du pin. On imagine une étagère sur rails métalliques, et ces objets disposés sur la dernière planche, à plus de deux mètres de hauteur: un cadre de format rectangulaire, bois sculpté, très ouvragé, or vieilli, enserrant une minuscule peinture représentant un Amour potelé allongé sur le côté, bras droit en raccourci abandonné sur un tapis de verdure, ailes blanches dressées, boucles blondes, sourire absent; devant le cadre, un flacon de parfum presque vide; un objet noir en forme d'os, une inscription en lettres capitales, CHAMPION, sans doute un appareil de musculation pour les poignets et les avant-bras, une espèce d'altère* miniature; un crâne ouvert auquel il manque la mâchoire inférieure; une petite poupée, homme grimaçant habillé comme un personnage de carnaval, bras gauche posé sur le crâne, pied gauche suspendu dans le vide au bord de l'étagère; une jardinière en fonte, ouvragée, rouillée, remplie de boutons de roses séchés.
* cf. commentaire
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vendredi, 24 avril 2009
Protéger de quoi ?
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vendredi, 27 mars 2009
Sans titre
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