jeudi, 07 mai 2009
Ce n'est pas grand chose, au fond, que mon existence
jeudi 7 mai 2009/Volker Braun
Alain Lance propose ces deux traductions inédites du grand poète allemand contemporain Volker Braun, à l’occasion du soixante dixième anniversaire de ce dernier, aujourd’hui même.
L’assemblée
Chaude soirée. Du bois, ces voix, loriot, tarin des aulnes, pouillot véloce, verdier et, naturellement, le pigeon. Large échange de vues sur l’essentiel. Je ne suis pas loin de croire qu’il me suffit et que je ne souhaite pas d’autres discussions.
2. Il est vrai qu’ici aussi une buse met fin à tout cela.
die versammlung
1. Heißer Abend. Aus dem Gehölz die Stimmen, Pirol, Zeißig, Zilpzalp, Grünfink. Die Holztaube natürlich. Umfassende Aussprache über das Wesentliche. Fast glaube ich, daß sie mir genügt und ich keine weiteren Diskussionen wünsche.
2. Freilich hier auch macht ein Bussard allem ein Ende.
L’homme caché
Ce n’est pas grand chose, au fond, que mon existence
J’observe la stricte tenue musulmaniaque
Car si je laissais sortir les mots de mon sac
Tout le monde pourrait voir sur quelles braises je danse
C’est une imposture, je n’ai crainte de le dire.
Est-ce que je ne crée pas le monde chaque matin ?
Son corps nu est vautré sur mes draps de satin.
Mais à travers les steppes j’emporte mon désir
Aussi bien enfermé que ce tableau : Courbet
Clos par le gel, voici le château de Blonay.
(Paris, Musée d’Orsay)
Der Verborgene
Nicht viel ist das, was ich mein Leben nenne
Und strikt verkleidet bin ich musel-manisch
Denn hüte ich nicht meine Worte panisch
Verriete ich, daß ich in Gluten brenne.
Ist es Betrug: so ist er mir bewußt.
Erschaff ich nicht die Welt an allen Tagen?
Ihr nackter Leib fotzt breit auf meinem Laken.
Doch durch Steppen stehl ich meine Lust.
So zugenagelt wie dies Bild: Courbet.
Und zugefrorn seht ihr das Schloß Blonay.
(Paris, Musée d’Orsay)
Volker Braun, deux poèmes, traductions inédites d’Alain Lance
Contribution Alain Lance
Volker Braun est né le 7 mai 1939 à Dresde. Après avoir travaillé dans une imprimerie puis sur le chantier d’extraction de lignite de « Schwarze Pumpe », il a fait des études de philosophie à Leipzig. En 1965, Helene Weigel le fait venir au Berliner Ensemble où sa première pièce, Die Kipper, est mise en scène puis interdite. Il a été ensuite collaborateur du Deutsches Theater et du Berliner Ensemble à Berlin-Est. Il vient d’être élu Directeur de la section Littérature de l’Académie des Beaux-Arts de Berlin. Depuis son premier livre de poèmes Provokation für mich (1965), il s’est affirmé, par sa poésie, son théâtre, ses récits et ses essais, comme un des talents les plus originaux et les plus forts de la littérature de RDA et de l’Allemagne contemporaine. De nombreux prix littéraires lui ont été décernés, dont le prestigieux Prix Büchner en 2000. Parmi ses parutions récentes, citons deux livres de prose : Wie es gekommen ist (2002) et Das unbesetzte Gebiet (2004) ainsi que les poèmes de Auf die schönen Possen (2005), ces trois titres aux éditions Suhrkamp.
Bio-bibliographie, extrait 1, extrait 2, extrait 3, Phrase sans fond (parution)
A signaler aussi, les éditions de l´Inventaire proposent les quatre récits de Volker Braun dans un coffret. Voir ici.
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