dimanche, 08 mars 2009
Epiphanie, insurrection, camelote, crapules
"L'épiphanie, on peut la trouver dans la vie. il peut y avoir des gestes passionants dans la rue, des situations brusquement ouvertes, des inflexions de lumière qui traversent le corps d'une passante. L'art existe en fragments inattendus. Il relève du coup de foudre. Avec l'art, il n'existe pas de rapport d'usage, mais un rapport de jouissance. Et la jouissance ne s'évalue pas, elle comble. Elle allume la possibilité des phrases. La rencontre déclenche un régime de désir où l'écriture se réveille.
L'art, c'est la littérature. Les autres arts sont compris dans la littérature. La littérature donne une oreille à la peinture, et offre des yeux à la musique. La fulgurance poétique, c'est à travers des phrases qu'elle s'accomplit. Une phrase, si c'est vraiment une phrase, a toujours quelque chose d'insurrectionnel. Ce sont les phrases qui vous réveillent, qui vous mettent en vie. Bien sûr, ils sont beaucoup à répéter qu'une phrase n'est jamais qu'une phrase. Et que les phrases n'ont jamais rien changé, ne changeront jamais rien. C'est ainsi qu'on reconnaît les crapules. Elles pullulent, surtout dans la sphère culturelle, qui s'est spécialisée dans leur recrutement. Le travail des crapules consiste à propager la camelote, à veiller à ce que la camelote demeure de la camelote, et à décourager toute personne qui se mettrait à penser que la littérature est de l'art."
Yannick Haenel et François Meyronnis, Prélude à la délivrance, Gallimard (2009)


